Voyage au Spitzberg : l’Arctique à portée de vol

Au-delà du cercle polaire, à l’est du Groenland et très au nord de la Norvège, se situe l’archipel du Svalbard. De mine abandonnée en base scientifique, Anne raconte son voyage au Spitzberg et ses paysages envoûtants, en cet été polaire où le soleil ne se couche jamais.

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Je n’avais jamais songé me rendre un jour voyager en zone polaire. Jamais. Mais le hasard m’a poussée en Antarctique et, à peine six mois plus tard… en Arctique. De retour d’un long périple en Amérique du Sud, une copine me parle d’un voilier qui navigue dans le Grand Nord, sur lequel elle a travaillé. Ils cherchent quelqu’un pour reprendre le poste d’ équipier-cuisiner. Je postule et me retrouve 2 semaines plus tard à 1000 km au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire, sur la plus grande île de l’archipel du Svalbard. 74° Ouest , 81° Nord : instants marquants d’un voyage au Spitzberg qui me mènera en bateau, à pied et en kayak au milieu des glaçons.

Inspiration, expiration…

Vol Paris-Stockholm. Escale. Vol Stockholm-Longyearbyen. Nous sommes en plein mois de juillet. En moins d’une journée, j’ai perdu plus de 25°C. Il n’est pas loin de minuit lorsque l’avion atterrit sur l’archipel. Grand jour, l’air est frais. Après une semaine étouffante à Paris, je respire. Pas un bruit. Pas de circulation. La mer et les montagnes pour décor. Calme plat. Je respire, encore.

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La brume, la mer, la toundra : tout y est.

…exploration

Au Spitzberg, on ôte ses chaussures avant d’entrer au musée. On dépose sa carabine dans les casiers du supermarché. On croise des ours polaires à chaque coin de carte postale, de mug ou de tee-shirt. Environ 37 000 km² et presque les 2/3 recouverts par les glaciers. Longyearbyen, pas loin de 2 000 habitants, est la capitale de l’archipel du Svalbard. Ni femmes (trop) enceintes ni personnes (trop) âgées. Ici, on ne naît et on ne meurt pas : les lieux sont trop isolés pour assurer les soins adéquats.

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Attention ours polaire ! Au Spitzberg, on ne se déplace jamais hors de la ville sans son fusil, au cas où une rencontre avec la bête tournerait mal…

Qui vit ici ? C’est le sysselmann, le gouverneur de la ville, qui répond à ma question : « Au Spitzberg, il y a bien sûr une majorité de norvégiens, mais aussi des Russes, des Ukrainiens et une communauté de Philippins ». Oui, des Philippins. Les îles du Svalbard ont un statut à part qui veut qu’on ne demande ni visa ni de permis de travail aux étrangers.
De quoi vivent tous ces gens ? Au Svalbard, les habitants vivent des mines de charbon (dans la communauté de Barentsburg), de la recherche (le site de Ny Ålesund représente la plus grande base en Arctique dédiée à la recherche), de l’administration, de l’éducation, du tourisme et autres petits business. Il y a même une université à Longyearbyen, qui voit débarquer pas loin de 200 étudiants chaque année.

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L’hiver, on se déplace en scooter des neiges. Au second plan, les restes des installations des mines de charbon

De la navigation en Arctique

Les présentations faites, nous voici en pleine mer. Car la première partie – et l’objectif premier – de mon séjour, est une navigation en Arctique. Entre les harengs fumés à faire mariner et quelques manœuvres, j’ai le temps d’observer les fjords que nous longeons, à flanc de montagne. Sommets rocheux, toundra, glaciers, vertèbres de baleine échouée, morses peu amènes, bélougas mystérieux, pingouins… et la silhouette incertaine d’un ours polaire, au loin sur la rive, qui nous rappelle que le maître des lieux n’est jamais très loin. Parfois, le soleil est radieux et nous voguons sur des eaux cristallines. D’autres fois, la brume décide de ne pas se lever, conférant aux lieux une atmosphère quasi mystique. Une cabane abandonnée qui manque de s’écrouler, un crâne de renne disposé sur le sol comme un trophée, des paysages où la présence d’un être humain pour un peu jurerait : l’ambiance est posée.

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Une cabane abandonnée, quelque part sur l’île du Spitzberg…

A terre, le voyage polaire… au camping

A terre, le climat ambiant est différent. Après une dizaine de jours et de nuits bercée par les vagues, direction le sol dur et sombre du camping de Longyearbyen. A une demi-heure de marche du village, c’est un terrain à peine délimité entre l’aéroport et la mer, recouvert de suie. Les restes des mines, autrefois exploitées, sont aujourd’hui abandonnées. On en met partout. Alors on enlève ses chaussures avant d’entrer dans l’espace salle à manger, où l’on croise un peu de tout : des guides de kayak ou de randonnée en attente d’un groupe, des étudiantes qui ont fait de l’entretien du camping leur boulot d’été, des photographes amateurs chevronnés… toute une faune qui ne craint pas les nuits à moins de 0°C, les réveils sous la neige et les petits-déjeuners dans le vent glacé.

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A la sortie de Longyearbyen, vue sur l’église et quelques bâtiments, au loin.

Une faune qui travaille ou alimente le tourisme polaire et fait de ce camping non seulement l’hébergement le moins cher de l’île, mais surtout un lieu où l’on rencontre une foule de gens, tous plus passionnants les uns que les autres. Ça vaut vraiment le coup de se geler un tantinet, croyez-moi. Ces mêmes personnes qui aiment parfois sortir dans l’unique discothèque de l’île. Enfin, discothèque…. disons plutôt dans ce restaurant qui, vers 22h, pousse les tables, baisse les stores et plonge les lieux dans la nuit totale. Comme dans nos boums d’adolescents. Quand on ressort, à 4h du matin, le ciel est le même qu’à notre arrivée : ensoleillé. Grisant.

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Début août, 3h du matin, camping de Longyearbyen

Jour de fête polaire

En parlant de jour… le Svalbard a sa fête nationale, que peu de locaux connaissent. Ancienne zone militaire, l’archipel est administré par la Norvège depuis 1925 seulement. C’est un territoire « neuf », en quelque sorte. Ni tradition, ni folklore. Il a donc fallu les inventer. Dans un petit centre culturel à la sortie du village je retrouve Anna, dans son bureau vitré. Chevelure mi-grise, mi-châtain, un âge qui dépasse la barre des 70 ans. Longue jupe et gilet sans manches noirs ornés de broderies, des baskets aux pieds, elle arbore le costume « traditionnel ». « Il n’y en avait pas, alors on l’a créé nous-mêmes ! », s’amuse-t-elle. En tant que doyenne, elle est attendue à l’église, pour témoigner du passé et entonner l’hymne local… qu’il a fallu également composer, il y a quelques années.

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Anna, doyenne du Spitzberg, vêtue de l’habit traditionnel du Svalbard

Pourquoi l’église, alors que c’est une fête nationale ? Parce qu’elle sert ici de tout : salle de conférences, salon de thé, lieu de réunion, etc. Une porte en accordéon sépare l’espace réservé aux offices religieux, dans le fond. La première partie ouverte de jour comme de nuit, accueille fauteuils et canapés, thermos de thé ou de café, gâteaux appétissants disposé sur une table à l’entrée. On se sert et l’on met une pièce dans le panier qui jouxte le tout. On se demande si tout le monde le fait : « Il n’y a jamais eu de vol, vous savez… Ici, c’est tranquille ! », assure le prêtre, jovial.

Je pagaie, tu pagaies, nous pagayons dans le froid : le kayak en Arctique

Le séjour se termine par trois jours de kayak. J’ai horreur du kayak. Et pourtant. Et pourtant, je me prends au jeu. Pagayer au milieu des glaçons, c’est quand même unique. Nous sommes 6. Dans nos embarcations, de quoi dormir et manger pendant 3 ou 4 jours. Autonomie totale, en compagnie d’un guide qui nous emmène glisser la pagaie non loin des glaciers. Le soir venu, on retrouve la rive. La vie de camp s’organise doucement : montage des tentes, feu de bois, ramassage de morceaux de glace, remplissage des jerricans directement au glacier, préparation lente et patiente du thé (un cube de glace ça met beaucoup de temps à fondre, vous savez…). Puis vient l’heure du coucher, où chacun rejoint sa tente. Un fil entoure notre campement éphémère, prêt à sonner si un ours venait à le passer.

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Lors de l’expédition en kayak, du haut d’une colline, vue sur l’un des fjords du Spitzberg

Le matin, pas d’ours polaire en perspective, mais une bonne demi-heure consacrée à l’équipement : sous-pull, caleçon en polaire, combinaison et chaussons imperméables, cache-col, bonnet, moufle… Une fois tout cela enfilé, espérer attraper un mouchoir au fond de sa poche est une douce utopie.

Mais même si le froid vous mord parfois les doigts et que l’on aimerait bien être au chaud ailleurs que dans son duvet cela vaut la peine, une fois de plus, de fricoter avec le froid. Guetter les phoques, tenter de rattraper les pingouins qui flottent, camper au pied des glaciers, se sentir minuscule et se dire que c’est magnifique. Puis remettre pied à terre et se dire que c’était bien. Vraiment bien, ce voyage en Arctique.

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Un gros bloc de glace, trouvé sur la plage, sert d’avitaillement en eau

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Il y a 4 commentaires

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  1. Jérôme

    salut,

    je suis fan des paysages polaires. Pour svalbard j’ajouterai un petit bémol quand même. C’est que cela coute cher. C’est difficile de faire un voyage depuis la France sans passer par une agence.

    Dès que tu sors de la capitale t’es obligé d’avoir un permis délivré par le gouverneur. Ce qui tout de suite complique les choses. Détail, il faut savoir chasser, protection pour les ours.

    Perso j’ai fait 1 mois l’été au Groenland et c’est également un pays magique.

    Merci pour ton témoignage.

  2. jean christophe gabet

    Non! Définitivement non. Quant aux agences je pourrais parler assez longuement du voyage fait cette année en famille avec Svalbard NAture (66 Nord), 1 semaine durant, à 6, 6 jours sur place, pour 12000 euros, entassés dans un appartement à 4 dans une chambre de 6 m2, les deux autres dans un recoin sans fenêtre d’à peine plus de 4 m2, à manger du pâté marque repère et des nouilles déshydratées… sans parler des activités bien des descriptions faites…. Bref… C’est très largement accessible, il faut juste chercher un peu et on trouve assez facilement, à commencer par le site visit svalbard.
    Quelques forums et un peu de lecture mettront vite à mal l’idée reçue qu’une agence est nécessaire!
    Encore une fois : CERTAINEMENT PAS!!!


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