Voyage solidaire au Népal : à la rencontre des enfants des rues de Katmandou

C’est en 2009, lors d’un mois de voyage au Népal, que pour la première fois, Lily est allée à la rencontre d’une association locale, œuvrant pour les enfants des rues de Katmandou. Elle livre dans cet article un témoignage de son expérience et de ses réflexions.

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La découverte de la misère des enfants des rues

Un de mes premiers matins népalais, alors que je m’aventurais à l’aube naissante dans les rues de Katmandou, je découvris une facette de ce pays que je n’avais pas imaginé jusque-là, et que même l’Inde ne m’avait pas encore donnée à voir. Alignés le long du trottoir, des dizaines d’enfants, de 4 à 15 ans, étaient accroupis, le nez dans des sacs en plastique. Rapidement, je devinais la colle au fond des sacs et avais devant mes yeux le problème vivant des enfants des rues. Au fil de la journée, alors que la drogue poursuit son effet dévastateur sur les systèmes nerveux infantiles, les gamins deviennent plus agressifs, moins abordables. Mais en contrepartie, la drogue leur fait oublier la faim et le froid, et leur donne le courage d’affronter une nouvelle journée de combat dans cet univers difficile.

Ils sont des dizaines, des centaines, à arpenter les rues de la capitale, mendiant quelques roupies aux touristes naïfs, qui ne savent pas encore que leur geste de charité, souvent dicté par la culpabilité ou, pire, la mauvaise conscience, entretient un phénomène devenu fléau. Organisés en gangs, les gosses ne profitent souvent pas eux-mêmes de cet argent et doivent en rendre compte à leur chef, enfant devenu au fil des années de galère un ado en perdition et mini-dictateur. Les causes de ce phénomène sont multiples et souvent interdépendantes. L’alcoolisme d’un parent, la maltraitance et la négligence peuvent expliquer comment, petit à petit, des enfants prennent le chemin de la rue, où ils se reforment une famille, afin d’échapper aux coups et aux brimades.

La grande pauvreté, l’agrandissement de la famille peuvent également conduire l’enfant à passer de plus en plus de temps avec ses copains, à gagner la liberté de la rue, où il retrouvera dans un premier temps une solidarité et une chaleur qu’il avait perdues. On retrouve aussi celle de la séparation du couple parental (décès, divorce) puis du désinvestissement de la mère vis-à-vis de ses enfants, afin d’avoir la possibilité de se remarier avec un autre homme, qui n’acceptera pas les enfants issus d’une première union. Seules, les femmes n’ont pas la chance de pouvoir poursuivre une vie décente : mises au ban de la société, souvent isolées au sein de leur propre famille, elles n’ont d’autres choix que de se séparer de leurs enfants pour continuer à vivre. DSCN0393 ALMORA (61)

Une association sur le pont : Pomme-Cannelle

C’est dans ce contexte que j’ai rencontré les membres de l’association Pomme-Cannelle (APC), organisation franco-népalaise travaillant au Népal depuis 2001. Partant d’un constat, ils ont développé des actions entièrement centrées autour de l’enfant, s’adaptant à leurs besoins au fur et à mesure de leur évolution, de leurs demandes. Ainsi, APC compte aujourd’hui plusieurs centres destinés à la protection, aux soins et à l’éducation de ces enfants, tentant de les amener pas à pas vers le chemin de la reconstruction.

Kalimati, le centre d’accueil d’urgence est situé au cœur de Katmandou, à deux pas du Durbar Square. Un lieu qui se veut stratégique pour permettre aux enfants d’aller et venir à leur guise, pour une douche, un repas ou une leçon de mathématiques ! Plus en périphérie de la ville, le foyer Byia accueille les enfants en internat, et leur permet de reprendre contact avec l’école ou d’apprendre un métier. Digital Camera

Un voyage participatif au plein sens du mot

J’avais pris contact avec les membres français avant mon départ afin de connaitre leurs besoins matériels : j’ai finalement réuni, avec l’aide de mes collègues infirmiers, des vêtements, des médicaments et du petit matériel médical. Ne restant qu’un mois au Népal, il m’a semblé préférable de m’en tenir à apporter une contribution matérielle, tout en découvrant leurs activités sur place en tant qu’observatrice. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce point de vue dans un billet concernant le tourisme alternatif.

J’ai passé plusieurs jours auprès de l’équipe éducative népalaise au cours de mon séjour, dans le centre Kalimati et dans celui de Byia. J’ai pu discuter avec les membres de l’équipe, éducateurs, passionnés par leur métier, donnant tout ce qu’ils peuvent pour apporter un peu de chaleur et d’humanité à ces gamins désœuvrés. J’ai assisté à l’accueil des enfants, aux leçons de langue ou de maths, aux conseils d’hygiène prodigués tout au long de la journée. J’ai également pu participer à la superbe journée du samedi, où tous les enfants qui le souhaitent sont emmenés à Byia pour prendre une douche, souvent la seule de la semaine, un bon repas chaud, l’unique de la journée, et surtout pour jouer, s’amuser, bref pour vivre une journée d’enfant. Ces derniers m’ont souvent émue, parfois bouleversée, notamment quand je les voyais redevenir enfants, le temps d’un jeu ou d’une lecture de conte, avant de reprendre leur armure pour retourner à la rue. APC

Une expérience fondatrice

Suite à ce voyage, j’ai pris la décision de m’engager plus longuement au sein d’une association à laquelle je pourrais apporter mes compétences infirmière. J’ai en effet la chance d’exercer un métier facilement « exportable », et dont les pratiques peuvent être utiles à la communauté internationale. Pourtant, mon niveau d’anglais et mes compétences spécifiques en psychiatrie ne m’ont pas permis de trouver une mission qui me fût adaptée et je suis finalement partie au long cours en 2010-2011, mais sans motif associatif. Cette idée m’a accompagné tout au long de mon parcours, et j’ai pu constater combien mon métier m’ouvrait les portes du cœur et du corps des gens, combien la relation soignant/soigné était universelle. En soignant les blessures physiques lors d’une courte semaine dans un village par exemple, il n’est pas rare que j’accède également aux maux de l’âme des habitants, et notamment des habitantes d’ailleurs. Finalement, c’est le centre éducatif Nanta de Bolivie qui m’accueillera pour un engagement de 6 mois minimum. Photo 1992

 

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Il y a 2 commentaires

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  1. Micron WA

    Bonjour,
    Votre article est très intéressant, cela m’a beaucoup touché, je ne connaissais pas du tout ce phénomène pour les enfants népalais…
    Je trouve cela bien que tu mette tes compétence d’infirmière au sein d’une association! C’est une très bonne idée, continue comme ça!
    Merci pour ton article bien sûr, il est vraiment bien fait, les images sont magiques à vrai dire…


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