Philippe, tu es engagé dans des ONG en Inde depuis longtemps… D’où te vient l’idée du voyage participatif que tu proposes ? Et comment le définirais-tu ?

Après avoir formé plusieurs femmes veuves ou abandonnées du bidonville de Gandhi Nagar (Madras), il nous incombait de développer leur activité en proposant des circuits de visite de Chennai, guidés fièrement par ces femmes. De même, accueillir des volontaires nous permettait à la fois d’engranger de nouvelles idées et de les appliquer tout en collectant un financement indispensable à la réalisation de ces activités. Ainsi, à SPEED Trust, chaque volontaire partage ses idées et sa contribution permet par exemple d’organiser une sortie éducative pour les enfants de la crèche, d’acheter du matériel pédagogique.
Partant de ce principe et sachant que SPEED ne pouvait accueillir tous les volontaires qui en faisaient la demande, nous avons fait le choix d’élargir ce programme à d’autres organisations (sérieuses !) dans le cadre des activités de Human Trip India, l’organisation de tourisme solidaire intimement liée à SPEED Trust: on travaille aujourd’hui avec le GRRC, SUYAM, Crocodile Bank, ITWWS, RIDE. Ainsi, des volontaires peuvent être maintenant accueillis au GRRC, une ONG partenaire qui chaque année pendant le mois de mai accueille plus de 200 enfants des bidonvilles de Chennai (Madras) dans le cadre de « colonies de vacances » de SPEED Trust. La restauration, le développement et l’aménagement de nouveaux locaux ont pu se faire grâce aux séjours de groupes d’étudiants français accueillis par Human Trip India.

Qui sont les personnes qui viennent chez toi et que cherchent-elles vraiment, selon toi ? A ton avis encore, le trouvent-elles ?
Les volontaires que nous accueillons sont des personnes d’abord en quête d’authenticité, des personnes qui souhaitent vivre et partager dans une certaine limite du possible, le quotidien de la population locale loin du surfait des villages vacances, des hôtels cinq étoiles, des « beach resorts » (complexes touristiques balnéaires, NDLR). Pourquoi venir en Inde chercher ce que l’on trouverait sur la Costa Brava ? Ceux qui viennent cherchent plutôt une expérience humaine inoubliable et vraie. Ce sont ensuite des personnes qui n’ont pas forcément ni les diplômes ni l’expérience ni le temps ni le goût pour consacrer leur vie à l’humanitaire, mais qui trouvent à travers les séjours que nous organisons une opportunité de se livrer, de couper avec leur quotidien, de s’exprimer, même de la façon la plus farfelue, exubérante, innocente.

Y a-t-il des fois où ça n’a pas collé ? As-tu des anecdotes amusantes à nous raconter ?
Il est évident que ce type de voyage d’abord (la police des frontières indienne est déjà une épreuve en soi), et de séjour ensuite, demande un minimum de préparation et surtout d’équilibre psychologique. On ne vient pas en Inde régler ses problèmes personnels : on les emporte avec soi et ils vous explosent ensuite à la figure. D’où la nécessité en amont de « filtrer » les demandes pour ne pas avoir sur place, comme c’est déjà arrivé, a reconduire trois jours après son arrivée, un(e) volontaire, en larmes et sous tranquillisants à l’aéroport.
Note : Si vous voulez partir en voyage participatif ou en circuit tourisme équitable organisé avec Human Trip dans le Tamil Nadu, vous seront aussi proposées des activités solidaires à la journée avec Human Trip India. Si vous allez en Inde façon routard, vous pouvez également faire une bonne action en rejoignant un programme solidaire pour une journée.
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Il y a 2 commentaires
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c’est le genre de voyage qui en plus d’aider les autres te fait remonter ton estime de soi et des autres. Je pense qu’il faut le faire au moins une fois dans sa vie
Si l’on recherche une nouvelle expérience, et qu’on a le temps pour cela, le voyage participatif est vraiment une bonne idée. Il se développe peu à peu, mais c’est encore insuffisant selon moi.