Vestige d’un film inabouti, un village sous-marin habité par les poissons

Non loin du phare de La Fourmigue, à Cap d’Antibes, se trouve un étonnant village, habité seulement par… des poissons, coraux et étoiles de mer. À plusieurs mètres sous la surface de la mer, non loin du sémaphore d’Antibes, c’est en effet une petite Atlantide d’environ 1000 m² qui s’offre en spectacle aux plongeurs, avec son salon de coiffure, son hôtel, ses commerces, ses rues, ses statues, sa cathédrale. Il s’agit là des vestiges d’un film d’animation des années 60… qui ne vit pas le jour.

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Habituellement, les grands studios cinématographiques ouverts au public représentent une machinerie touristique bien huilée : c’est le cas des Universal Studios Hollywood (Californie), anciens studios reconvertis en parc d’attraction… ou encore, à très moindre mesure, des décors de westerns du Mini Hollywood du désert de Tabernas (Andalousie). Mais, non loin de Cannes, la visite des plateaux de L’Enfant et la Sirène est bien plus confidentielle ; et pour cause : ce n’est qu’en plongeant dans la Méditerranée qu’on peut accéder à ces décors d’un film inachevé des années 60, en façon de village miniature.

Un rêve cinématographique jamais devenu réalité

Entre 1963 et 1965, est construit le plateau d’une ville complète pour une scène sous-marine d’un film d’animation intitulé L’Enfant et la Sirène, dont le réalisateur s’appelle Néjad Atzamba. Sur le blog « La Scala retrouvée », un ami et collègue de promotion à l’Ecole des Arts décoratifs de Nice, se souvient de lui :

« A l’époque, nous avions tous une grande admiration pour lui, car il travaillait, parallèlement à ses études, à un projet d’animation qui devait révolutionner le « dessin animé », comme on disait alors, et faire trembler les assises de la production de Walt Disney elle-même! En 1967, je le rencontrai par hasard dans le midi, où nous passions des vacances. On ne s’était pas revus depuis 1949 et je lui donnai notre adresse, à Paris. J’eus l’agréable surprise de le voir rappliquer à la Scala, en cette fin d’année 67 où on était passés au café théâtre. J’appris que Néjad était toujours fidèle à son projet, mais qu’il avait encore, après tant d’années, de grosses difficultés d’argent. Il resta à Paris pas mal de temps et vint régulièrement assister aux spectacles, auxquels il prenait beaucoup d’intérêt. Puis, un jour, il disparut, en nous laissant quelques photos-maquette de cette animation. Depuis, je ne me console pas de ce gâchis d’un talent énorme qui ne sortira plus jamais de l’oubli ! ».

village-sous-marin-cap-antibes-michal-krzysztofowicz03 Le peu de sources tout-à-fait fiables contraint au conditionnel. Il semblerait que le projet ait d’abord choisi le site de Cap Dramont, dans la baie d’Agay, non loin de Saint-Raphaël (Var). Sous le pseudo « hyppoc », un homme qui dit avoir participé au projet témoigne : « à Le Dramont [sic], nous n’avons pu établir que (environ) 100 m² sur les 1000 prévus au départ pour cause de dégradations ». Une certaine « PMK » évoque des « conditions de mer de visibilité » qui aurait contraint déménager le plateau sous-marin « vers Cannes », ce qui correspondrait donc au site du cap d’Antibes. Les plongeurs, du reste, continuent à visiter ce qui pourrait avoir été le premier lieu choisi, au cap Dramont. Mais c’est donc vraisemblablement au cap d’Antibes que se trouverait la plus grande « ville sous-marine », d’une superficie totale d’environ 1000 m², par 10 à 30 mètres de fond. D’après un document transmis par la Maison du tourisme EPIC de Vallauris Golfe-Juan, la descente des quelque 200 constructions (maisons, ponts, obélisques, cimetière, remparts, édifices d’inspiration médiévale, romaine ou égyptienne…), soit 15 tonnes de matériaux, aurait nécessité 6 ans et 7000 plongées ! En vain, puisque le projet n’aboutira jamais. village-sous-marin-cap-antibes-michal-krzysztofowicz01

Une ville… pour les poissons et les étoiles de mer

Dans les deux cas, un panorama est troublant, qui rappelle le Musée sous-marin de la Isla Mujeres : toute une vie marine s’agitant dans des décors… humains, poissons et étoiles de mer ayant fait de cet urbanisme miniature leur territoire. Les bâtiments, dont certains atteignent une hauteur d’un mètre, ont, de fait, été dégradés par le temps et par des actes de vandalisme. Cependant, un projet de restauration de ce « village », et même d’ajouts de miniatures est en cours : le document susmentionné de la Maison du tourisme informe que deux membres du club de plongée CIP de Golfe-Juan, Yves Pointeau et Bernard Nancey, ont impulsé ce projet dans les années 2000, avec l’ambition annoncée, selon ce dernier, d’en faire « à la fois un site de plongée pour les plongeurs amateurs et un abri pour la faune sous-marine ».

« Les deux bénévoles obtiennent le soutien de la Ville de Vallauris, les autorisations de la DDE et le concours de la société In Vivo pour la partie environnementale du projet. Dès l’été 2007, des plongeurs du club Alpha Plongée se joignent à leurs efforts pour nettoyer la zone et remonter un à un les bâtiments, à l’aide d’un bateau équipé d’un treuil, de paniers et de parachutes. Sur le port de Golfe-Juan, devant le local du club, on peut voir ces étranges maisonnettes construites en argile et en ciment. Débarrassées de leurs concrétions, elles sont restaurées avec patience, décorées de carreaux de céramique, puis fixées sur des socles en parpaings dont les alvéoles serviront au nichage des poissons. Un maître-verrier, Raymond Winosky, a fait cadeau au club de plusieurs poissons en verre qui semblent inviter leurs congénères en chair et en écailles à venir repeupler le village », Encre Marine, 2008.

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Infos pratiques

Le village est un spot bien connu des plongeurs qui se rendent à Juan-les-Pins ou Cap d’Antibes. Qui séjourne à Cannes (cherchez une location sur SunLocation.fr) n’aura qu’une petite dizaine de kilomètres à parcourir jusqu’à Juan-les-Pins ou Cap d’Antibes. Là, il suffira de se rendre dans les centres de plongée pour s’y renseigner (ou de chercher sur un moteur de recherche et les contacter pour tout renseignement).

Crédits photo : Michał Krysztofowicz, qui a gracieusement accepté que nous reproduisions ses photos. Sources : Maison du tourisme EPIC de Vallauris Golfe-Juan (remerciements à M. Philippe Mottier), Messy Nessy Chic.com, Dune2.unblog.fr, Plongeur.com.

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Il y a 6 commentaires

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    • Mikaël Faujour

      Oui, c’est dommage car c’était un beau projet. Nous actualiserons dans les mois à venir cet article, publié un peu en hâte, alors qu’il nous manquait des informations. Ayant contacté le fils du réalisateur de ce film inabouti, j’ai obtenu quelques informations inédites ; il nous manque aussi de belles photos pour compléter cet article. Restez donc à l’affût ! 🙂

  1. backintown

    Bonjour,

    J’aimerais en savoir plus sur ce projet. Existe-t-il quelques images du film tournées? Ou est-ce juste un décor? Etait-ce un projet autodidacte ou y avait-il une production derrière?

    Merci de votre réponse.

    • Mikaël Faujour

      Bonjour.
      Nous avons réuni quelques éléments, essentiellement les archives transmises par le fils du réalisateur.
      Nous prévoyons d’actualiser et corriger cet article dans le courant de l’année.
      LE simple fait d’avoir écrit un commentaire au pied de l’article devrait suffire à vous tenir informé de son actualisation.
      Nous pouvons, par ailleurs, et si vous disposez d’un profil Facebook, vous recommander de nous suivre sur Facebook pour être tenu informé de nos publications : https://www.facebook.com/pages/Voyageurs-du-net/144032235698672
      Cordialement,

      Mikaël

  2. Béatrice

    Bonjour,
    En formation niveau 1 de plongée avec Alpha Plongée, je viens ce matin même de découvrir le village. Je voulais en savoir plus sur ce film et c’est bien dommage de découvrir que le film n’a finalement jamais été tourné.
    Une plongée que j’aurais aimé plus longue… et que je recommande vivement.
    Merci à tous
    Béatrice

    • Mikaël Faujour

      Bonjour Béatrice,
      Nous mettrons cet article à jour, disposant d’informations de la part du fils du réalisateur… J’espère aussi que les clubs de plongée, plusieurs fois contactés, finiront par accepter de me répondre — et notamment de nous offrir des photos.
      Suivez notre site sur Facebook et vous serez prévenue de la re-publication de l’article, une fois mis à jour.
      Cordialement,
      Mikaël


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