Le tourisme communautaire vu par Edgar, guide indépendant guatémaltèque

Parce qu’Edgar est notre copain et que, pour avoir plusieurs fois fait de chouettes randonnées avec lui on sait sa compétence, on s’est dit qu’on lui ferait bien un petit coup de pub, d’autant que son activité de guide, complémentaire de son travail de paysan, ne lui rapporte pas autant qu’il mérite. Ici, il expose sa vision du tourisme au Guatémala, du rôle des guides communautaires, et de la difficulté d’être indépendant.

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C’est par l’intermédiaire de notre copain Joffrey Nanquette, directeur de l’Alliance française de Quetzaltenango (deuxième ville du Guatémala, située dans les hautes-terres) où nous avons donné nos premiers ateliers de journalisme, que nous avons connu Edgar. Edgar Lopez est un jeune homme de 24 ans, qui vit à Llanos del Pinal, petit village sis au pied du volcan Santa Maria (3770 mètres). La maison où il vit avec sa famille étant située au bout de ce village, qui est essentiellement un chemin cabossé et bordé de maisons, le volcan est pour ainsi dire la prolongation de celle-ci, « son jardin », comme il dit. Agriculteur producteur de légumes, il est également guide indépendant, une activité informelle, générant quelques revenus complémentaires, mais aléatoires. Actuellement, il suit une formation auprès de l’Instituto técnico de capacitación y productividad (Intecap), afin d’officialiser son statut et devenir guide professionnel. Une décision qui s’inscrit dans la continuité d’un choix de vie : Edgar s’est, dès le lycée, engagé dans un cursus spécialisé dans le tourisme. Un choix motivé par l’amour qu’il porte à son pays, à commencer par « son » volcan, et le goût de faire découvrir à ses compatriotes ou aux étrangers de passage.

Edgar, lors de ses excursions

Edgar (à gauche), lors d’une de ses excursions

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Le tourisme communautaire, vu par un guide

Tu travailles comme guide communautaire : qu’est-ce que ça veut dire ?

Le guide communautaire est une personne qui vit sur place et offre ses services pour accompagner les touristes à la découverte de lieux qui lui sont familiers, qu’il connaît. Le tourisme communautaire, surtout, permet la découverte de la nature et de la culture, ce en quoi le guide apporte un plus.

Souvent, les gens vont monter un volcan surtout pour le plaisir de la marche, pas tant pour le reste. Et puis, ils peuvent être accompagnés par des guides sans qualification suffisante qui ne savent pas nommer telle plante, ne connaissent pas les locaux qu’ils croisent, ne savent pas raconter ce qu’on rencontre en chemin : des locaux au travail, des oiseaux endémiques à la région. Il arrive aussi souvent que le guide oublie. Personnellement, je tiens compte de la difficulté physique pour les visiteurs et tâche de faire des pauses toutes les 20 minutes au moins, par exemple sur tel lieux bien précis où, par exemple, se situe un arbre. C’est l’occasion d’expliquer tandis que le touriste prend sa pause. Ce sont des choses simples, mais que parfois le guide oublie…

Il y a beaucoup de choses que nous, les locaux, nous voyons tous les jours; mais le touriste, non. C’est pourquoi ces petits détails, les guides ne doivent pas les oublier. Nous, nous avons l’habitude de voir telle plante, tel arbre, tel oiseau, mais pas le touriste : nous devons donc lui donner de l’information lors du parcours.

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Deux touristes, accompagnés par Edgar, passant le gué (décembre 2012)

Je pense que, dans une communauté, il convient de s’organiser pour que le tourisme représente une source de travail. Il n’est pas normal que des personnes viennent depuis une l’extérieure pour travailler sur une aire dont ils ne sont pas originaires, où ils ne vivent pas et dont ils ne connaissent pas grand chose. Pour que les visiteurs aient un contact avec la culture et bénéficient d’une bonne information, ce sont, je pense, les gens de la communauté qui doivent offrir ce service de guide communautaire. Cela pourrait fournier du travail aux personnes de la communauté.

A Llanos del Pinal, nous ne sommes pas organisés ; je pense que cela devrait être ainsi, avec une interdiction d’entrer sans l’acquittement d’un droit de passage. Ça fonctionne ainsi au volcan Pacaya [près de la Antigua, ndlr] : il y a beaucoup de guides communautaires et il n’est pas possible à un guide extérieur à la communauté d’emporter un groupe seul ; il doit être accompagné par un guide communautaire. C’est un exemple de prise en charge collective de son environnement et des mânes du tourisme.

Mais, hélas, ça ne fonctionne pas ici, à la fois à cause d’un micmac administratif, avec la municipalité de Quetzaltenango, qui veut s’accaparer les recettes de l’accès aux volcans [la chose est en discussion, ndlr], et à cause d’un certain laisser-faire de la population qui ne s’intéresse pas collectivement à la question touristique et à la préservation de son espace. De fait, je suis le seul guide de Llanos del Pinal.

Edgar sur le Santa Maria

Edgar, lors de notre excursion au mirador du Santiaguito, point de vue depuis le flanc du Santa Maria sur l’éruptif Santiaguito

Comment se déroule une excursion avec toi ?

J’accueille les visiteurs, leur souhaite la bienvenue au Guatémala. Je leur expose que la réalité est différente de ce qu’en disent les médias. Le Guatémala est un beau pays : nous avons beaucoup d’attraits culturels, une nature riche. Je tente de « vendre » le Guatémala comme un pays sûr et riche de culture et de beautés, où ils ne risquent rien et où ils pourront jouir du contact avec la nature. Je me renseigne aussi sur leur condition physique, le rythme de marche que nous pouvons envisager, si nous avons le temps, sur le climat aussi, je prends en compte le critère d’altitude.

Conseils pratiques d’un guide pour la randonnée en montagne

Justement, quels conseils techniques et matériels peux-tu donner en préparation d’une excursion en montagne ?

Le Guatémala a deux saisons : une saison sèche et une saison humide. Mais il est possible de pratiquer la randonnée en montagne toute l’année. Il faut cependant être informé, car la nature parfois te surprend. Le temps peut être magnifique et, rapidement, peut surgir le brouillard ou la brume… Alors, comment se préparer ? D’abord, il faut se renseigner sur l’altitude de la montagne et s’habituer à l’altitude de la ville voisine, afin que les poumons s’y adaptent. On ne peut pas venir d’Europe, arriver au Guatémala et aller au Santa María, qui atteint presque les 3800 mètres, car l’altitude va t’affecter. Il est donc recommandable de s’adapter durant quelques jours, avant d’aller à la montagne.

Il convient ensuite de s’informer du lieu où l’on va aller. Pour cela, il vaut mieux aller dans plusieurs agences qui proposent une randonnée, évaluer les diverses activités qu’elles proposent. Cela permet de savoir à quel volcan on veut aller, de connaître l’altitude, savoir si l’excursion durera un jour ou deux, si le niveau de difficulté est modéré, moyen, fort. S’il est annoncé que l’excursion est difficile, il convient de demander quel est le niveau de difficulté. Cela permet d’évaluer si la condition physique permet de partir ou non, d’évaluer si l’on va jusqu’au sommet ou seulement jusqu’à un mirador (point de vue). Il convient de connaître l’inclination du chemin, car le type de terrain varie et tantôt le sentier est très incliné, tantôt en zig zag, tantôt en escaliers.

Edgarn au sommet du Santa Maria

Edgar (à droite) avec un groupe de touristes, au sommet du Santa Maria

Concernant l’équipement, si tu pars pour une excursion de deux jours, ici la compagnie te fournit tout l’équipage (tente, sacs de couchage, parfois les vêtements). Généralement, les touristes viennent avec leur équipement, ou du moins une partie. Si tu n’as pas tout le nécessaire, tu peux demander à l’agence qu’elle te le prête. Côté matériel, les bâtons peuvent être utiles ; les chaussures, et les vêtements en général, doivent être pratiques pour te sentir bien pour marcher. Selon le climat, il est bon de prendre un imperméable au cas où la météo annonce de la pluie, de prévoir un chapeau pour se protéger du soleil, un produit antimoustiques, une trousse de premiers soins. Il est préférable de ne pas venir avec son passeport ni de l’argent : seulement le minimum nécessaire pour une randonnée. Il vaut mieux ne pas prendre ses documents à la montagne (en cas d’attaque).

Le choix d’être guide indépendant

Tu es guide indépendant : qu’est-ce que ça signifie ?

Je suis indépendant, c’est-à-dire que je travaille avec diverses agences, car je n’ai pas de travail tous les jours. Les agences peuvent donc m’appeler quand elles ont un groupe. Je ne peux travailler avec une seule agence : j’en serais mono-dépendant, alors que d’autres agences sont aussi en mesure de me fournir du travail.

Mais j’essaye aussi de développer mes propres contacts, que des personnes que j’ai accompagnées puissent me contacter sans passer par l’agence. Pour moi, c’est plus commode !

Lorsque je travaille seul, je respecte une limite de 5 personnes. J’accompagne généralement des groupes de 2 à 5 personnes, pour que chacun se sente à l’aise avec le groupe, pour une question de cohérence de rythme. 1 quota d’un guide pour 5 personnes, c’est le plus recommandable.

Edgar, prêt du Santiagito

Eruption de fumée matutinale du Santiaguito, vu depuis le mirador del Santiaguito, sur le flanc du Santa Maria

Comment ça fonctionne quand tu passes et quand tu ne passes pas par l’agence ?

J’organise le « pack », je pratique un prix qui me semble plus justifiable, qui me convient et aux clients également. Ils payeront moins qu’à l’agence, et je gagnerai plus. Une journée de rando avec 5 personnes coûtera Q100 (10€ environ) par personne, sans inclure petit-déjeuner et droit d’entrée. Je toucherai donc Q500 (50€). Pour le même nombre de personnes, une agence qui prend en charge le transport, le service de guide et les frais administratifs, me payera une journée de travail, c’est-à-dire Q200 (20€), même si je dois accompagner 10 personnes. Souvent, les agences vont chercher des guides qui demandent moins.

Existe-t-il une concurrence entre guides, à celui qui pratique le moins-disant ?

Oui, et il me semble que les gens ne valorisent pas leur travail. Généralement, les touristes qui viennent ici ont lu le « Lonely Planet ». Ils racontent qu’on peut vivre ici avec $20 ou moins par jour, ce qui est tout de même un tourisme tirant profit de la misère. On ne peut pas décemment voyager en tirant profit de ça. De là vient peut-être le problème que le guide incite les locaux à vendre leur force de travail au rabais. Or, nous devons plutôt développer un service de qualité et pratiquer un bon prix. Dans d’autres pays, comme au Costa Rica, ils ne vont pas baisser le prix : le tarif est fixe et respecté ; il existe un prix standard. C’est cher. Ici, au Guatémala, on constate qu’il y a beaucoup de concurrence, y compris sur les prix. Le guide va donc demander un prix faible et les agences elles-mêmes sont en concurrence entre elles.

Le touriste vient avec l’idée que le Guatémala est peu cher et qu’il est possible d’y vivre avec peu d’argent. Mais cela n’aide pas les locaux ! Ceux-ci ne vont pas gagner ce qu’ils veulent et méritent. Il faut valoriser son travail et savoir combien on veut gagner. Je connais des guides qui, sans passer par l’agence, emmènent des groupes gratuitement… espérant recevoir un pourboire…

Santa maria chemin

En chemin sur le volcan Santa Maria 

Nous portons nous-mêmes une certaine responsabilité dans le fait que les touristes croient que le Guatémala n’est pas cher, ayant participé d’une certaine manière à la corruption des tour-opérateurs, en acceptant une concurrence dans laquelle les guides eux-mêmes tirent les prix vers le bas pour complaire aux agences. Pourtant il existe bien des tarifs, dans les agences comme dans les hôtels, mais la loi ne s’applique pas forcément. Et puis il y a différents types de touristes et les backpackers ont tendance à faire chier davantage.

En quoi le tourisme te paraît-il pouvoir aider au développement d’un pays ?

D’abord, cela permet aux Guatémaltèques de prendre conscience qu’il faut conserver notre culture, qui est en train de se perdre. Nous assistons à une disparition des valeurs et de la culture. Le tourisme permet de prendre conscience que notre culture mérite d’être exposée aux autres et nous permet d’avoir de la fierté, puisque d’autres personnes s’intéressent à nous. Cela incite à mieux valoriser et conserver notre patrimoine.

Coordonnées d’Edgar

Vous trouverez Edgar sur Facebook.
Vous pouvez aussi lui écrire par courriel : edguatecratervolcan17 [at] hotmail.com
Une fois au Guatémala, vous pourrez le joindre sur son portable : 44 63 25 02

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Il y a 4 commentaires

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  1. Nathalie DEBAVELAERE

    Bonsoir,
    C’est avec émotion que je lis cet article plein de spontanéité et de lucidité en même temps… Je retiens que moins il y a d’intermédiaires, plus cela profite aux locaux, et ça c’est du tourisme responsable et solidaire comme je les aime !

  2. aurélie

    Merci pour cet article très intéressant !
    Il est plus que temps d’informer le public sur les enjeux de la première économie mondiale, qui profite encore beaucoup trop aux … profiteurs !
    Vous pouvez également retrouver le témoignage de Javier qui partage sur notre blog, Via-SAPIENS, son expérience de tourisme communautaire, cette fois en Equateur, son pays
    http://blog.via-sapiens.com/une-experience-de-tourisme-communautaire/

    Encore merci pour ce billet et à bientôt !

  3. Francis

    Merci pour cet article. J´ai eu la chance de faire des randonnées avec Edgar. C´est un super décor, un super guide, un super mec…donc forcément un super article. Ne manquez pas le mirador de « El Santiguito » ou le volcan « Santa Maria » avec Edgar si vous passez á Quetzaltenango!


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