Voir ce que personne ne va voir : conseils pour un tourisme (très) alternatif

Nous vous avons présenté Darmon Richter, explorateur urbain, photographe et grand voyageur de l’insolite dans un intervioù publié récemment sur l’urbex et le dark tourism. « Dark tourist » revendiqué, il pratique au sens plein du terme un « tourisme alternatif », dont rend compte The Bohemian Blog : hors sentiers battus, à l’écart des points chauds du tourisme international, il porte son regard sur les lieux de mémoire et de drames historiques, sur les friches urbaines et vestiges de la démesure humaine. Répondant à notre sollicitation, il donne ici ses conseils pour voyager autrement, plus original, moins cher, plus intelligent : comment, en somme, pratiquer un tourisme alternatif… voire très alternatif.

tour-de-pise-karatePour beaucoup de gens, le voyage, c’est simplement cocher des cases:

  • Monter la Tour Eiffel
  • Visiter Buckingham Palace
  • Prendre une photo de soi en faisant semblant d’étayer la tour, inclinée, de Pise…

Quoiqu’il en soit, il existe un nombre croissant de voyageurs qui recherchent quelque chose de plus qu’un simple tour des destinations touristiques les plus célèbres – des gens qui sont disposés à creuser un peu plus en deçà de la surface, et explorer la réalité du jour-le-jour des cultures étrangères.

Pour certains, cela signifiera faire vivre à la manière des locaux : manger, dormir et travailler à leurs côtés. Ou peut-être serez-vous intéressé à voir d’un pays ce qui n’est normalement pas exposé aux visiteurs étrangers : les scandales, les controverses ou les sites d’événements tragiques, que nombre d’opérateurs touristiques préfèrent cacher sous le tapis. Pour d’autres encore, cela peut impliquer de pénétrer des zones dont l’accès est interdit, des bâtiments abandonnés ou une infrastructure urbaine en zone interdite.

Un voyage intéressant a tendance à être un voyage pas cher

Tous ces intérêts peuvent être réunis sous la vaste bannière du « tourisme alternatif ». Cet article vise non seulement à montrer pourquoi de telles expériences auront un effet plus profond sur vous, en tant qu’individu unique, mais aussi à démontrer combien c’est simple à accomplir.

Vous allez aussi vous découvrir qu’un voyage intéressant a tendance à être un voyage pas cher.

Il existe une opinion répandue et erronée, selon quoi le voyage devrait être onéreux. De fait, après quasiment trois ans sur la route, la question que les gens me posent le plus est : « Comment tu arrives à assumer financièrement ? ». D’une façon quelque peu ironique, ce sont souvent les mêmes personnes qui me demandent comme je parviens à trouver les lieux insolites, non signalés, les trésors cachés qui ont tendance à être l’objet principal de mon attention lorsque j’explore un nouveau pays.

Vue de la Havane (Cuba)

Vue de la Havane (Cuba)

Hé bien, ces deux questions se répondent en quelque sorte l’une à l’autre. C’est seulement en s’abstenant du luxe auquel vous êtes habitué, en sortant de la « zone de confort » que vous parvenez à trouver des trucs vraiment excitants. J’applique parfois cette manière de voyager, comme lorsque j’ai réussi à traverser en auto-stop l’Europe de l’Est, réalisant combien je peux aller loin sans argent (au cas où vous seriez curieux, je suis allé des Balkans jusqu’en Ukraine, rien de moins, et cela en faisant de l’auto-stop gratis).

À d’autres occasions, une absence délibérée de planification peut vous jeter dans une expérience précieuse et inattendue. C’est exactement ce qui m’est arrivé en arrivant à Cuba – mon portefeuille a été volé en chemin, et quand je suis arrivé sans plan défini, j’ai été accueilli par une famille locale qui m’a nourri et hébergé durant 4 jours par pur charité. Cette expérience et l’échange culturel qu’elle implique fut quelque chose qu’aucune somme d’argent ni aucune planification aurait pu acheter.

Cela étant dit, une préparation convenable peut créer aussi bien que briser une opportunité donnée. Ayez toujours une lampe torche où que vous alliez. À plus d’une occasion, j’ai jeté un œil dans un tunnel obscur, poussé et ouvert la porte d’une maison abandonnée sans lumière et j’aurais alors aimé avoir eu la prévoyance d’emporter une torche. J’ai tendance à ne plus faire cette erreur désormais.

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Les catacombes d’Odessa (Ukraine)

Embarquez de la lumière et tâchez de n’être jamais excessivement à votre aise où que ce soit. Soyez prêt à bouger, car vous ne savez jamais quand une opportunité se présentera. J’étais à Odessa, l’an dernier, alors que je visitais l’Ukraine, quand j’ai rencontré un voyageur dingue qui faisait route dans le sens inverse. Il ne me restait que trois jours pour remonter vers le nord jusqu’à Kiev, mais quelques heures après l’avoir rencontré, j’ai décidé d’abandonner mes plans et de me joindre à lui pour une exploration en Crimée. En dormant dans des trains, j’ai réussi à revenir à Kiev à temps pour prendre mon vol – mais si je n’avais pas été si prompt à saisir l’opportunité, j’aurais raté quelque chose de vraiment spécial. Le destin a voulu que, en raison des événements qui s’y sont déroulé depuis lors, il est devenu bien plus difficile de visiter la Crimée.

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La base sous-marine de Balaklava, en Crimée (Ukraine)

Je n’ai aucune intention de vous garantir la sécurité. En réalité, les choses peuvent très bien aller mal lorsque vous sortez des zones sécurisées pour les touristes. C’est simplement comme ça que va le monde. Mais quand vous la jouez prudent, quand vous vous limitez seulement à des expériences connues et prévisibles, vous vous refusez l’opportunité de grandir vraiment en tant que voyageur.

Je n’ai aucune intention de vous garantir la sécurité
Donc, osez prendre des risques. Ignorez les panneaux d’interdiction. Commencez à faire confiance aux étrangers. Allez à des endroits où vous n’êtes pas sensés aller. Il n’y a rien de plus libérateur, rien de plus sain que de prendre votre propre destin en main. C’est une action qui change votre monde, qui vous permet de vous affirmer, et quand vous commencerez à tester vos propres limites de confort, vous réaliserez que rien n’est plus pareil.

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Un inconnu total… et mon nouveau meilleur pote, à Matanzas (Cuba)

N’ayez pas peur de dormir dehors non plus. Les SDF le font tout le temps ! Mon approche du voyage et de la sécurité humaine en général s’appuie sur l’hypothèse que nous sommes tous essentiellement semblables. En deçà des détails superficiels, vous verrez que chacun de nous n’est qu’un autre animal humain sorti du même moule. Si je vois quelqu’un dormir sous un porche d’entrée, je vois aussi bien une invitation à en faire autant qu’un potentiel copain.

Il n’y a pas bien longtemps, par exemple, je me suis trouvé coincé une nuit durant dans une ville des montagnes de Bulgarie. Mon pote avait une voiture et quand notre plan d’hébergement est tombé à l’eau, il a voulu revenir en arrière et retourner d’où nous venions. Mais nous sommes restés : j’ai trouvé un vieux matelas derrière une benne et nous avons campé dehors pour une nuit dans un bâtiment de béton inachevé. Cette expérience de camping, imprévue, s’est avéré la chose la plus excitante (et la plus belle célébration de la vie) qui nous soit arrivé durant tout notre road trip.

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Des bâtiments abandonnés comme celui-ci, en Bulgarie, font un endroit génial pour passer la nuit en été !

Une bonne partie de cette approche implique de changer votre façon de penser le voyage. En somme : arrêter de penser en touriste.

Si j’entends quelqu’un qui parle ma langue, je vire dans la direction opposée et j’essaie de me perdre dans la foule
Par exemple, chaque fois que j’arrive dans une nouvelle ville, je la considère comme mon chez-moi. Je ne vais pas dans des magasins de souvenirs pour expatriés ou dans des restaurants. Un écriteau en anglais est généralement un signe clair m’invitant à m’éloigner. Si j’entends quelqu’un qui parle ma langue, je vire dans la direction opposée et j’essaie de me perdre dans la foule. Cela vous épargnera aussi les ennuis (et les ceux qui les causent) qui n’attendent que des touristes trop peu méfiants ; et si donc vous ne voulez pas vous faire arnaquer ou payer des pots-de-vin à des officiers de police corrompus, laissez donc cette carte à la maison et faites simplement ce que font les locaux.

Parlez à tout le monde. Même si vous ne connaissez pas leur langue, essayez simplement. Ne vous maintenez pas dans une bulle. Immergez-vous dans la vie des autres. Plus ils sont différents de vous, plus vous vous sentez mal à l’aise avec ça, plus vous l’expérience vous apprend.

Parc de loisirs abandonné, en Chine

Parc de loisirs abandonné, en Chine

Et puis, voilà la vérité : vous pourriez mourir. Je ne vais pas mentir : les choses peuvent toujours aller mal. Mais… vous ne mourrez probablement pas. Pas déjà. Nous mourrons tous un jour. Cela pourrait arriver dans votre sommeil. Vous pourriez être sur la toilette quand arrive votre moment. Je n’ai aucune intention de me faire tuer, mais la vérité, c’est que je préférerais mourir en faisant quelque chose que j’aime.

Un dernier conseil : oubliez vos attentes. Peu importe la façon dont vous aviez imaginé un endroit… oubliez simplement. Allez sur place, ouvrez vos sens, seulement ça. Si souvent, on entend des gens parler comme si telle destination n’avait pas été à la hauteur de leurs attentes – ou, peut-être, dans certains cas, cela les a dépassées. Dans les deux cas, ces gens voyagent mal. Vous voyagez pour apprendre, évidemment, pas pour tester la réalité contre vos préjugés limités. Si vous voulez grandir grâce au voyage, alors il vous faut rejeter tout ce que vous savez par la fenêtre et simplement découvrir chaque destination grâce à vos propres sens.

Voilà, vous savez tout. Si vous voulez ressentir le monde dans toute sa gloire, embrasser la philosophie du voyage alternatif et moissonner les vastes récompenses qu’il implique, vous n’avez besoin de suivre que ces trois simples règles : préparez-vous, mais ne planifiez pas ; soyez prêt à prendre des risques ; et, peut-être le plus important, cessez de penser comme un touriste.

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Il y a 4 commentaires

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  1. Johann

    Bel article !
    Cela a été traduit si j’ai bien compris. Par qui ? 🙂
    Il faudra faire attention à ne pas susciter trop de vocations histoire qu’il n’y ai pas trop de monde à visiter ces lieux alternatifs 😉

    • Mikaël Faujour

      Bonjour et merci pour votre compliment et votre commentaire.
      L’article a été traduit par moi-même. Je reconnais que certaines locutions sont traduites de façon un peu bancale, mais l’essentiel y est. 🙂
      Et quant à susciter des vocations, je ne pense pas qu’un petit site Internet soit capable de créer un nouveau rapport au voyage à lui seul. Notre pouvoir de « nuisance » est dérisoire, rapporté à Lonely Planet, par exemple.
      Cordialement,

      Mikaël

  2. wildgirl

    Salut !
    Des voyages comme ceux-ci, j’en rêve !
    A 18 ans, je compte partir pour mon premier véritable « voyage-aventure » cet été
    Mais.. Petite question : les trajets en autostop, ok c’est faisable sans problème, manger aussi. Mais pour la nuit, si on veut pas payer d’hôtels hors de prix, comment faire ?
    Si quelqu’un prend le temps de me répondre, merci par avance, et sinon, bon voyages ! 🙂


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