Tamadi : un tourisme solidaire et rural en lien avec les organisations paysannes

Tamadi est une association spécialisée dans le tourisme alternatif et solidaire, en milieu rural. Elle propose des circuits à Madagascar, en Turquie, en Inde, au Sahara Occidental, en Tunisie et au Mali, avec une approche résolument hors-sentiers. Tout le contraire du tourisme de masse : des circuits pour 4 à 8 personnes, en zone rurale, une volonté de rapprocher les humains au-delà des clichés. Benoît Dave, administrateur de Tamadi, a accepté de répondre à nos quelques questions : il nous expose la passionnante approche du voyage que promeut son association.

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Sur le site de l’association, on lit que « Tamadi propose des voyages à la rencontre d’inventeurs de nouveaux mondes ». Pouvez-vous nous expliquer ce que vous voulez dire par là ?

Tamadiveut faciliter la rencontre avec des personnes impliquées dans des associations, le plus souvent des organisations ou syndicats paysans, des personnes qui se battent ensemble pour améliorer leurs conditions de vie, pour vivre dignement. Ces personnes et associations, face aux difficultés qu’elles rencontrent, développent des solutions et des propositions pour organiser autrement le «vivre ensemble». Ils inventent de nouveaux mondes.

Vous voulez essayer ? Himalaya Indien

Vous voulez essayer ? Himalaya Indien

Comment est né ce projet consistant à organiser des voyages faits de «rencontres, d’échanges» ? S’agit-il à la fois d’un rejet du tourisme de masse et d’une promotion du voyage hors sentiers ? S’agit-il d’une volonté de se faire le relais, la vitrine d’acteurs investis dans une micro-économie du voyage profitable aux locaux ? De quelles expériences et de quels désirs est né Tamadi ?

Nous avons voulu éviter plusieurs écueils en organisant nos voyages. Nous ne voulions évidemment pas d’un tourisme de masse où les populations locales font, au mieux, partie du décor, et où il n’y a aucune possibilité d’échanges autres que marchands. Nous voulions également éviter la démarche caritative et condescendante. Tamadi ne propose pas d’aller «aider» en participant à des chantiers ou en distribuant médicaments et cahiers. Ce n’est pas de cette façon que nous envisageons le voyage solidaire. Nous proposons à nos voyageurs, mais aussi aux familles qui les accueillent, d’échanger, de bousculer leurs habitudes et certitudes.

Voyager, c’est s’intéresser à la diversité du monde, accepter la différence, l’inattendu et les remises en question. Le voyageur marque sa solidarité par cette approche ouverte des personnes rencontrées. Cette activité apporte un revenu utile pour les associations partenaires, les guides et les familles qui hébergent les voyageurs.

Découverte de la fabrication de fromage dans le Caucase Anatolien.

Découverte de la fabrication de fromage dans le Caucase Anatolien.

Nous avons observé qu’il existe beaucoup de structures – associatives ou professionnelles dans le cas des agences – spécialisées dans le tourisme solidaire, écologique, responsable. Celles-ci sont-elles concurrentes ou travaillent-elles plutôt, comme on pourrait le supposer, en synergie, en réseau ? Travaillez-vous avec d’autres agences ou associations ?

Tamadi est membre de l’Association du tourisme équitable et solidaire (Ates) qui en compte une bonne vingtaine. Ces associations partagent un certain nombre de valeurs et de principes qui sont repris dans une charte que l’on peut lire site de l’Ates. Elles mènent également ensemble des actions de sensibilisation, de communication. Chacune a évidemment ses spécificités. Ce qui nous caractérise le plus, c’est sans aucun doute le choix de nos partenaires : des organisations paysannes pour lesquelles le tourisme rural n’est pas l’activité principale. Ce choix permet, avec des guides-paysans, de rentrer dans les villages et d’aller à la rencontre des associations et des familles paysannes en évitant les échanges parfois trop prévisibles et formatés introduits par les guides professionnels. Nous privilégions le logement et les repas chez l’habitant ainsi que l’utilisation des transports locaux : trains, cars, taxi-brousse, charrettes,… C’est selon nous la meilleure approche pour réussir des échanges avec la population.

Prendre le temps de la découverte et de la rencontre ! Déplacement en transports locaux à Madagascar.

Prendre le temps de la découverte et de la rencontre ! Déplacement en transports locaux à Madagascar.

En moyenne, combien Tamadi organise de voyages par an (pour un total de combien de voyageurs) ? L’association emploie-t-elle des personnes ou le travail fourni est-il essentiellement bénévole ?

En 2012, nous devrions atteindre les 200 voyageurs et plus de 40 groupes. Nous privilégions les petits groupes de 4 à 8 personnes, de façon à éviter un effet d’invasion lorsque les voyageurs arrivent dans un village. De façon aussi à ce que les voyageurs ne soient pas polarisés sur les dynamiques internes des groupes et restent le plus disponibles pour les rencontres avec leurs hôtes. Deux personnes sont salariées par Tamadi, mais d’autres personnes sont engagées par nos partenaires : généralement, dans chaque pays, une personne à temps plein pour assurer la coordination locale et des engagements à temps partiels pour les guides.

Après deux journées passées dans les familles, les adieux sont souvent émouvants.

Après deux journées passées dans les familles, les adieux sont souvent émouvants.

Que recherchent les voyageurs qui viennent à vous ? Quelles ont été les remarques positives et négatives les plus surprenantes et les plus constructives pour Tamadi ?

Nous essayons d’informer le mieux possible les voyageurs à travers le site internet et surtout en organisant des « réunions palabres » entre anciens et futurs voyageurs. Cela évite les malentendus pour des personnes qui n’auraient pas compris le sens du voyage proposé, mais aussi les conditions de confort parfois assez éloignées de nos standards occidentaux… En effet, Tamadi ne propose pas des produits touristiques calibrés et prévisibles : hôtels étoilés, nourriture aseptisée, véhicules climatisés, programmes millimétrés.

En fin de voyage, nous demandons cependant toujours à nos voyageurs de répondre à un questionnaire assez détaillé pour avoir leur point de vue et ainsi améliorer les choses. Les remarques « à chaud » concernent parfois la nourriture (trop épicée, pas suffisamment variée), parfois l’inconfort et l’imprévisibilité des transports locaux… Ces quelques difficultés d’adaptation rencontrées par les voyageurs sont bien vite oubliées au profit de l’essentiel, la qualité des échanges. Ceux-ci resteront gravés longtemps dans la mémoire de chacun. Avec notre partenaire nous tenons compte de certaines remarques mais en gardant à l’esprit notre objectif central : faciliter les rencontres, les frottements entre des cultures, des expériences et des joies de vivre, les combats et les espoirs. Ces échanges doivent être forts pour le voyageur, mais aussi pour leurs hôtes.

Ce sont souvent plusieurs générations qui nous accueillent ! (Madagascar)

Ce sont souvent plusieurs générations qui nous accueillent ! (Madagascar)

Vous parlez de prendre le temps : comment ça se présente, concrètement ? A quoi peut ressembler un voyage Tamadi et comment organisez-vous le fait d’avoir un temps permettant à l’imprévu, à l’inorganisé, d’avoir lieu ?

Nos circuits prévoient généralement de passer deux ou trois nuits dans un village. Dans chaque village, des rencontres ou visites sont prévues : avec l’instituteur du village, avec des artisans potiers, avec le chef du village, avec les femmes responsables de la coopérative maraîchère, avec des bergers… Mais il y a surtout ce qui se vit dans chaque famille hôte : la préparation du repas, le rituel du thé, la visite du champ familial, les discussions jusque tard dans la nuit…

Quels sont vos partenaires sur le terrain ? Quelles raisons vous motivent à développer une relation à la fois humaine et commerciale avec tel ou tel partenaire ?

Comme indiqué précédemment, nos partenaires sont des organisations paysannes pour lesquelles le tourisme est généralement une activité secondaire. Ce parti pris permet d’éviter une professionnalisation qui formaterait trop les rencontres, qui transformerait le voyage en produit touristique. Nous cherchons des partenaires qui disposent d’une réelle autonomie par rapport au gouvernement ou à leurs éventuels bailleurs de fonds. Nous cherchons également des organisations qui expriment une envie de se lancer dans le tourisme rural et qui, si possible, fédèrent différentes associations locales avec lesquelles nous pourrons construire les circuits. Enfin, et peut-être surtout, nous privilégions les partenaires qui développent une énergie, un travail de terrain et des actions fortes en matière de promotion du monde rural.

La barrière de la langue ? Connaît pas ! (Turquie)

La barrière de la langue ? Connaît pas ! (Turquie)

Assurez-vous une formation pour des locaux (guide, interprète, hôte) ? Quel impact social et économique pour les populations locales ?

Nous organisons avec chaque partenaire une formation initiale pour les guides et familles d’accueil, et ensuite, presque chaque année, des réunions d’évaluation-formation. Nous veillons à impliquer un maximum de personnes dans ces réunions : coordinateur, guides, mais aussi les responsables d’associations locales et les familles d’accueil. Le bénéfice pour les associations partenaires, les familles d’accueil et les guides est d’abord économique. Cela représente en effet un complément de revenu non négligeable pour chaque intervenant. Il y a aussi tout ce qui se passe dans les rencontres. Ce ne sont pas seulement les voyageurs qui peuvent apprendre et faire bouger leur vision des choses. Les familles hôtes également.

Si cela est déjà arrivé, comment avez-vous fait face à des questions d’ordre éthique, du type : «Ne risquons-nous pas d’ouvrir la boîte de Pandore et dénaturer ce qui est humainement et écologiquement préservé» ?

Nos circuits traversent le plus souvent des villages qui ne connaissaient pas d’activité touristique jusque-là. Et ce sont des petits groupes qui visitent les villages quelques fois par an. Pas d’invasion massive donc. Nous entrons dans ces villages à travers les organisations paysannes de ce village qui nous introduisent et qui sont demandeuses de ce contact avec le monde.

Sur le plan écologique, l’impact est quasiment nul. Les voyageurs logent et prennent les repas dans les familles. Ils utilisent les transports locaux et apprennent rapidement à économiser l’eau. Aucune infrastructure spécifique n’est construite. Le seul problème qui subsiste est l’utilisation de l’avion et les conséquences que cela peut entraîner sur le réchauffement climatique. En réponse à cette objection, nous évitons les séjours courts et nous refusons les vols intérieurs. Cependant, si nous voulons aller à la rencontre d’autres réalités humaines et sociales et éviter d’étriquer notre compréhension du monde, l’utilisation de l’avion semble inévitable.

Rencontres, échanges, découverte du patrimoine… un cocktail réussi ! (Tunisie)

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Pour en savoir plus, visitez le site de Tamadi.

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