Saint-Pierre (Martinique) et la montagne Pelée : une histoire de cendres et de ruines

Quand on voyage, il y a toujours des lieux dont on ne revient jamais complètement. Des lieux où un bout de vous-même est resté, des lieux qui « vous hantent ». Je suis volcanologue. Parmi les lieux qui moi, me hantent, il y a Saint-Pierre, en Martinique. Cette ville est un fantôme, elle est faite pour hanter. Saint-Pierre est diaphane, comme aux portes de l’oubli, or Saint-Pierre n’est pas un site mineur. Elle est un témoin de l’histoire des Sciences et de l’histoire coloniale de la France. Si vous allez en Martinique, voici les raisons d’aller vous faire envoûter par Saint-Pierre.

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Plantons le décor

En mai 2002, nous nous vîmes euh… pas 3000, plutôt 300, en arrivant au port, à Fort-de-France. Enfin à l’aéroport… En pleine forme, les sens aiguisés, le marteau en bandoulière et les neurones en alerte, une délégation de volcanologues venus des quatre coins du monde pour ? Pour célébrer les 100 ans de l’éruption de la montagne Pelée.

A cette occasion, il avait été décidé de longue date qu’un congrès international (IAVCEI : International Association of Volcanology and Chemistry of the Earth’s Interior), tenu annuellement, se ferait cette année-là à la Martinique. L’accueil fut digne d’une visite princière, député, maire et député-maire et même certainement quelques maires-députés sans oublier les conseillers régionaux et généraux (…) étaient venus nous présenter leur gratitude. Nous, preux volcanologues, chevalier des Cendres et de la Scorie, nous venions défendre les peuples contre l’imprévisible ire volcanique ! Je taquine… l’accueil des Martiniquais fut réellement chaleureux. Pour ceux qui n’étaient encore jamais venus sur l’île, comme moi, l’excitation était à son comble.

En premier lieu, nous allâmes sur les flancs du volcan, étudier les dépôts ; mettre nos nez dans la nuée ardente qui rasa Saint-Pierre, visiter l’observatoire qui actuellement surveille le volcan. C’est sur une tranche fondatrice de notre discipline que nous mettions nos humbles chaussures de marche. Et puis telle est notre discipline ; être en errance dans ce cher monde minéral, tendre l’oreille à ces pierres qui nous parlent. Durant ce séjour, nous fûmes invités à visiter les ruines de Saint-Pierre. Cela nous paraissait essentiel. Ahhh… les ruines ? Je ne cache pas que je m’attendais à un parcours fléché, prête comme si j’allais visiter le Vatican…

La première chose, quand on arrive à Saint-Pierre, ce qu’on se dit au premier coup d’œil, c’est… qu’elle est si belle. Sa baie ouvre sur une courbe parfaite, ses couleurs semblent faites pour faire se dilater la pupille et ouvrir la bouche, elle n’est qu’extase et enchantement. C’est, à n’en pas douter, l’image de carte postale par excellence.

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Vue panoramique de la baie de Saint-Pierre (Martinique)

Nous avons rapidement quitté le bord de mer, nous tirant de cet béatitude un peu sotte et pourtant tellement agréable, pour nous enfoncer dans la ville. Pour passer de Saint-Pierre-la-colorée, la Saint-Pierre des peintres, à Saint-Pierre-la-grise, celles de volcanologues. Mais quid des ruines ? Où est donc cette page d’histoires scientifique et coloniale, tellement forte dans nos esprits de congressistes ? Evidemment, les ruines sont éparses. On n’allait pas nous les servir sur un plateau. Mais ce n’est pas que ça. Le souvenir de Saint-Pierre est au bord de l’abandon. Les ruines sont très peu mises en valeur, très peu protégées aussi semble-t-il. Abandonnées ? Non. Ce n’est pas le terme exact. Disons plutôt qu’elles flirtent avec une certaine indifférence, qui n’est que la porte ouverte vers l’oubli.

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Ruines de Saint-Pierre (Martinique) témoignant des effets de l’éruption de la montagne Pelée en 1902

Et alors ? Alors cette question : pourquoi Saint-Pierre est-elle moins documentée, bien moins visitée, bien moins l’objet d’études, de fictions que Pompéi ou Herculanum ? Ce sont pourtant des villes au destin très similaire (surtout Herculanum). Moins d’architectures, moins de lieux de vie, moins d’œuvres artistiques me direz-vous ? Vilain raccourci. Saint-Pierre est aussi un pan d’histoire, elle ne nous parle pas d’une époque aussi lointaine que celle de la Rome antique, ce qui fait qu’elle véhicule peut être moins de fantasme, de rêves. Toutefois, elle nous parle bel et bien de la vie coloniale de l’époque, elle est le témoignage d’un épisode de l’histoire des Antilles.

D’autre part, Saint-Pierre revêt une importance évidente dans l’histoire des sciences naturelles. Lacroix et Perret en tête ont ouvert une voie nouvelle à la volcanologie, là, à Saint-Pierre, Martinique. On a sans doute parfois l’impression que ces lointains collègues armés de crayons et d’appareils photos gros comme des armoires normandes ne nous ont apporté que de rudimentaires informations. Il n’en est rien. Ils ont jeté des bases, écrit un b-a, ba, sans lequel nous serions demeurés muets.

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L’éruption de la Montagnée Pelée de 1902 : rappel des faits

L’éruption de mai 1902, c’est d’abord un fait divers qui, de nos jours, ne manquerait pas de monopoliser la une de tous les journaux télévisés et radiodiffusés. Le 8 mai à 7h52 (encart), une nuée ardente descend depuis la montagne Pelée, atteint Saint-Pierre, 7 km plus bas en direction du sud, en une poignée de secondes. Elle en cause la destruction complète. 28 000 personnes meurent presque instantanément, brûlés vifs ou asphyxiés.

La montagne que les Indigènes caraïbes appelaient « montagne de feu » a pourtant déjà donné des avertissements de sa colère, dès le mois de janvier 1902 : tremblement de terre, odeur de soufre, coulées boueuses se succèdent et ne laissent pas les habitants indifférents. A partir du 27 avril 1902, les signes deviennent francs, Saint-Pierre est douchée de cendres et l’odeur de soufre devient franchement dérangeante pour les habitants. Les Pierrotains arpentent les rues mouchoir sur le nez ; les chevaux, indisposés, grognent et refusent d’avancer. A partir du 4 mai, les explosions sont fréquentes. C’est un fait mal connu, mais les premières victimes de la Pelée sont répertoriées dès le 5 mai : 23 personnes meurent dans une coulée de boue (ou lahar) qui emporte la distillerie de rhum Guérin dans la ravine de Rivière Blanche. Le lahar se propage en mer : il provoque un tsunami d’une importance palpable. Le raz-de-marée atteint et inonde les parties basses de la ville de Saint-Pierre, toute proche. Deux autre lahars succèderont à ce premier. En un mot comme en cent, l’éruption n’a pas subitement débuté le 8 mai, les signes précurseurs étaient plus que tangibles et les habitants inquiets.

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Mais voilà : alors que les animaux fuient, les hommes, eux, restent. C’est qu’ils ont des choses importantes à faire, les hommes, en ce printemps 1902 ! Il y a les affaires qui ne peuvent être interrompues (ce n’est pas un volcan qui va suspendre l’activité commerciale !) et il y a les élections. En effet, les autorités veulent au maximum retenir les électeurs afin qu’ils puissent se rendre aux urnes pour le deuxième tour des législatives (après un premier tour serré) qui devait avoir lieu le 11 mai. Rien ne doit venir encombrer la route vers les urnes. Une commission scientifique se réunit mais c’est un ballet d’opérette où les danseurs portent tous des muselières, elle n’a que pour mission de rassurer la population. Elle conclut, le 7 mai au soir que « tous les phénomènes qui se sont produits jusqu’à ce jour n’ont rien d’anormal et (…) sont au contraire identiques aux phénomènes observés dans tous les autres volcans ». Non seulement aucune mesure d’évacuation n’est prise, mais bien au contraire, on dissuade ceux qui ont envie de fuir de le faire !

« La nature imprévoyante, toujours penchée vers quelque extravagance dispendieuse, farce ou tragédie, toujours ruisselante de la sueur robuste du jeu », René Ménil (philosophe et essayiste martiniquais, 1907-2004)
 Le 8 mai 1902 donc, c’est dans la tragédie que bascule Saint-Pierre : la nuée ardente dévale les pentes à environ 500 km/h ; sa température est de 800°C. Il n’y a aucune chance ou presque d’en réchapper. Deux minutes après que la nuée ardente s’est abattue sur la ville, tout ce qui y vivait est mort ou agonise. La baie et les bateaux qui y mouillaient sont également touchés, coulés. La ville est en ruines et ce qui en reste est la proie des flammes (les nombreuses réserves de rhum attisent le brasier).

Sur 28 000 Pierrotains, deux personnes survivront : le fameux prisonnier Cyparis, protégé par l’épaisseur des murs de sa cellule, partiellement enterrée et dépourvue de fenêtres ainsi que le cordonnier Léon Compère, qui s’est enfermé dans le sous-sol de son échoppe, apeuré par les signes envoyés par le volcan les jours précédents. Cyparis finira sa vie comme un animal de foire ; une attraction vivante du cirque Barnum, où il exhibe son dos brûlé. D’ailleurs, si vous vous rendez à Saint-Pierre, vous ferez sûrement comme nous tous en voyant sa cellule : « Oh, c’est la cellule de Cyparis ! ». On est tous passé par là.

Protru quoi ? Protrusion !

Une protrusion se forme lorsque que la lave produite a une viscosité extrême. Elle ne peut couler. Ca ressemble un peu à du dentifrice quand il sort de son tube. Dans le cas du volcan, une sorte de menhir s’érige au-dessus de l’évent. La protrusion est donc le terme exact désignant ce « menhir ».
 Une protrusion se forme lorsque que la lave produite a une viscosité extrême. Elle ne peut couler. Ca ressemble un peu à du dentifrice quand il sort de son tube. Dans le cas du volcan, une sorte de menhir s’érige au-dessus de l’évent. La protrusion est donc le terme exact désignant ce « menhir ».

Au lendemain de cette tragédie, inutile de dire que les contemporains sont sous le choc. L’un des premiers témoins à revenir sur les lieux après la catastrophe, le Vicaire général de la Martinique, Mr Parel parle, en évoquant Saint-Pierre, hier si vivante, dont aujourd’hui, les « ruines s’étendent devant nous, enveloppées dans leur linceul de fumées et de cendres ; sombre et silencieuses, une cité de la mort ». Il cherche des yeux des survivants ou des personnes fuyant, même blessées mais « il n’y a plus âme qui vive dans ce désert de désolation, assommé par un silence effroyable ».

L’éruption ne s’arrête pas au 8 mai. Une autre nuée ardente rejoint la ville le 20 mai. Les mois suivants, d’autres encore atteignent les vallées de Rivière Blanche. La 30 août, c’est le village de Morne Rouge qui est touché. Cette fois-ci, ce sont 2000 personnes qui n’en réchappent pas. 2000 personnes qu’on oublie souvent. A partir de novembre, une protrusion (cf. encart ci-contre) s’édifie au niveau de l’Etang Sec au rythme de 10 mètres/jour ! En mai 1903, elle atteint 310 m de haut ! Elle surplombe Saint-Pierre comme une obélisque, comme un monument à ces milliers de morts qui gisent à ces pieds.

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La cellule de Cyparis

Saint Pierre, une ville qui marque l’histoire de la volcanologie

Il y a donc ce aspect de fait divers dramatique et macabre qui marque Saint-Pierre. Quelque chose qui donne une mélancolie à cette ville. On la sent qui voudrait être gaie, pimpante… mais ce n’est pas possible. Cependant, Saint-Pierre est autre chose que ce récit tragique. A Saint-Pierre il, y a des histoires qui s’entrecroisent, celles des hommes qui ont souffert mais aussi celle des sciences et celle d’une ville qui fut florissante, qui témoigne d’un pan de la France coloniale.

La destruction de Saint-Pierre, c’est un coup de tonnerre dans l’histoire de la volcanologie (la discipline en tant que telle n’existe pas encore). C’est la genèse d’une envie féroce de prévoir les éruptions, de protéger les populations et la naissance d’une ère où les phénomènes naturels sont décrits avec rigueur et précision. La science quitte le cabinet des curiosités et le sentimentalisme romantique.

Pour les personnes qui viennent sur les lieux après la catastrophe, c’est la cause de la mort simultanée de 28 000 personnes qui pose question. Le souffle de l’explosion a épargné certaines parties de la ville (de fines tasses de porcelaine chinoise, des bouteilles, on retrouve des scènes poignantes dans des maisons où cruches, bols et couverts sont intacts sur les tables alors que toutes les habitants ont succombé). Certaines personnes sont mortes alors que leurs vêtements n’étaient même pas roussis. Il apparaît rapidement que tous ont succombé sous l’effet d’une chaleur intense (et attention, chaleur n’est pas combustion). Cyparis rapporte d’ailleurs avoir entendu d’abord un bruit terrible puis des personnes crier « je brûle », « je meurs ». Sa cellule est elle-même envahie d’un air chaud qui lui causera de sévères brûlures au dos et aux jambes alors que ses vêtements demeurent intacts. Quelle est cette chose étrange qui a tué toutes ces personnes d’une façon si inattendue ?

La masse grise et rocheuse qui a déferlé sur Saint-Pierre n’a alors pas encore de nom. Et c’est à Saint-Pierre qu’on va lui en donner un : « nuée ardente ». On va lui donner un nom et la caractériser précisément. Elle va sortir du domaine du mystérieux pour devenir un objet d’étude. J’attire ici l’attention du lecteur : Saint-Pierre n’a pas été détruite ensevelie sous des cendres (comme Pompéi), encore moins sous des coulées de lave. Rien de tout ça. Saint-Pierre est en partie détruite par le souffle d’une déflagration (on parle de blast) auquel s’associe cette déferlante, ce tsunami de roches et de gaz brûlants : la « nuée ardente » (en cela elle se rapproche du sort d’Herculanum). C’est la nuée ardente qui a le plus fort pouvoir de destruction, à cause de son intense chaleur et de sa vitesse. Les dépôts qu’elle laisse sont modestes : ils ne font que quelques centimètres d’épaisseur au nord de la ville et quelques millimètres au sud.

Aperçu des dépôts laissés par l'éruption de la montagne Pelée en 1902

Aperçu des dépôts laissés par l’éruption de la montagne Pelée en 1902

A Saint-Pierre, grâce aux descriptions rigoureuses, aux photographies associées, on caractérise pour la première fois ce phénomène. La « nuée ardente » naît à Saint-Pierre en temps qu’objet d’étude. De nos jours, ce terme a été abandonné au profit de celui d’« écoulements pyroclastiques » (ou PDCs : pyroclastic density currents) et ce sont les armes les plus meurtrières de tout l’arsenal volcanique. Ils sont toujours l’objet d’études et de recherche, désormais menée avec les outils d’aujourd’hui (appareils de mesure, surveillance et modèles analogiques ou numériques). A Saint-Pierre, ce sont quatre hommes qui ont participé à ce travail de fond : Roger Arnoux, de John Smith Flett et surtout Alfred Lacroix et Franck Perret.

Roger Arnoux, membre de la société astronomique de France fut un témoin direct du nuage dévastateur qui déferla sur st. Pierre. Il le décrit comme « un nuage s’abattant rapidement vers Saint-Pierre, laminant le sol mais s’étendant tant verticalement qu’en longueur. Tant et si bien que ce « nuage » est aussi large que haut ». Il décrit la partie montante du nuage comme « très dense et dotée d’un extraordinaire pouvoir ascensionnel. Ses volutes arrondies s’en vont jusqu’au zénith » et il est parsemé « d’innombrables éclairs », ajoute-t-il. C’est une vision très juste, précise et précieuse. Typiquement, en effet, ces écoulements se propagent à la fois à la base avec des effets dévastateurs au sol et à la fois verticalement comme l’a très justement observé Roger Arnoux.

Dynamisme

Le dynamisme, c’est la façon dont fonctionne le volcan. Emet-il une lave fluide qui forme des coulées ? Au contraire une lave très visqueuse qui coule peu et forme une sorte de pâté (un dôme) au-dessus de l’évent ? Connaît-t-il des explosions ? Produit-il peu ou beaucoup de gaz ? Ces gaz s’échappent-t-ils tranquillement ou violemment ? Les réponses à toutes ces questions (et bien d’autres encore) vont caractériser le dynamisme. Elles conditionnent également les manifestations volcaniques auxquels on s’attend : coulée, fontaines de lave, dôme, écoulements pyroclastiques, panaches…
Il faut savoir que, désormais, on ne cherche plus tellement à classer des volcans dans des cases qui seraient liées à un dynamisme. Classer les phénomènes naturels est une gageure. On ne peut prétendre être un volcanologue sérieux et moderne sans attirer l’attention du public sur le fait qu’un dynamisme n’est que le fait d’un moment donné à un endroit donné. Le dynamisme sur un volcan peut varier dans le temps, même au cours d’une seule éruption. Il peut y avoir plusieurs phases éruptives avec des dynamismes différents. De même, sur un volcan, les manifestations peuvent varier d’un point à un autre. C’est un peu comme en météo, on peut avoir des orages au cœur de l’hiver et des étés avec 10°C le matin, des chutes de neige sur un versant de montagne et pas sur l’autre.
Donc quand vous entendez parler de classements de volcans du genre « c’est un volcan de type péléen ». Attention, danger : simplification, raccourcis, vieilleries…

Alfred Lacroix (1863-1948) et Franck Alvord Perret (1867-1943), en particulier, vont prendre crayons et appareils photos (ce qui n’est pas si simple à cette époque) et se rendre sur les lieux, observer, décrire. Parfois au péril de leur vie. Ils seront très influencés par ce qu’ils voient à Saint Pierre. Leurs travaux sont encore cités. Il se trouve également qu’un géologue de la Royal Society of London est sur les lieux. Il s’agit de John Smith Flett, venu pour travailler sur la soufrière de Saint-Vincent, qui a subi le même type d’éruption le 7 mai. Flett, pourra observer la formation et la progression de la nuée ardente depuis son bateau, amarré 3 km au sud de Saint-Pierre. Le terme qui revient le plus souvent dans son travail est celui d’« avalanche ». L’écoulement lui rappelle une avalanche, il rapporte: « La similitude avec une avalanche de neige comme on en voit dans les Alpes est complète, excepté pour ce qui concerne la température des matériaux concernés ».

Mais, c’est Alfred Lacroix qui fait une des premières descriptions scientifiques et techniques complète des « nuées ardentes ». C’est aussi lui qui crée ce terme. Ils distinguent déjà deux types d’origine pour ces écoulements particulièrement dévastateurs et redoutables (encart). Il est sur place jusqu’en mars 1903, il photographie, décrit avec précisons les répliques. En tant que minéralogiste éclairé, Lacroix parvient à déterminer la température (environ 800°C) régnant au sien de la nuée en étudiant des pièces de verres retrouvées dans les ruines de Saint-Pierre. Il en estime également la vitesse (entre 470 et 540 km.h-1). Cette expertise lui vaudra son fauteuil à l’académie des sciences en 1904.

Frank Perret, ingénieur électrique américain, ayant travaillé avec Edison, décide de consacrer sa vie à l’élude des volcans après la catastrophe de 1902. Il revient en 1929 à la Martinique avec un petit sismographe qu’il a bricolé lui-même. Il établit également un petit observatoire d’où il scrute le volcan pendant 3 ans. Il observe de nombreux écoulements pyroclastiques, des phases de croissance et de déstabilisations de dômes (une des causes de ces écoulements), note, prend des photos. Le réveil de la Pelée en 1929 lui permettra de compléter ces études initiées en 1902.

On va également associer pour quelques décennies la montagne Pelée et l’éruption de mai 1902 à un dynamisme (encart), dit péléen (comme c’est original). Preuve des premières tentatives de classification des volcans et des types d’éruptions. On amorce une description systématique des phénomènes, beaucoup moins « romantique » que jusqu’à lors et on s’achemine également vers une ébauche de classement des phénomènes. Une certaine idée de la volcanologie naît à Saint-Pierre.

Saint Pierre enfin, ville coloniale figée au début du XXème siècle

Saint-Pierre, c’est aussi un pan d’histoire. Saint-Pierre marque un épisode de l’histoire de la Martinique. Elle est fondée en 1635. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, elle est la principale ville de la Martinique, elle est surnommée « le petit Paris des Antilles » et ça fait rêver… Les édifices publics sont nombreux :elle possède une mairie, une cathédrale, un théâtre, un hôpital militaire et même, chose rare à l’époque, l’éclairage électrique. La presse locale est dynamique, la vie culturelle plutôt riche et les loisirs variés. Saint-Pierre est prospère. Evidemment, cette prospérité est loin de profiter à tous et, 54 ans après l’abolition de l’esclavage, le pouvoir reste dans les mains des Blancs. Les populations noires se sentent peu concernées, lorsqu’il s’agit de se rendre aux urnes. Toutefois, les institutions républicaines et démocratiques nées de la IIIème République émergent lentement. Le suffrage universel va bouleverser peu à peu l’ordre établi. L’oligarchie des anciens esclavagistes blancs, nostalgiques du Second Empire s’en trouve ébranlée. Au tournant du siècle, le thème politique majeur est plutôt celui de la lutte des classes que de la lutte des races et tous militent déjà pour l’indépendance de l’île.

En 1902, Saint-Pierre est toujours cette ville florissante, en particulier par l’activité de son port et l’industrie rhumière et sucrière. Mais contrairement à ce que l’on croit, l’éruption du 8 mai n’est pas un coup d’arrêt brutal à sa prospérité. En ce XXème siècle naissant, Saint-Pierre est déjà sur le déclin. Fort-de-France sa rivale, est en plein essor et commence à lui voler la vedette. En particulier, c’est le port et l’accessibilité de Saint-Pierre qui posent problème. Fort-de-France possède un port en eaux profondes et équipé de quais, capable d’accueillir les navires de gros tonnage et les gros navires transatlantiques. Ce n’est pas le cas à Saint-Pierre ; or, les bateaux de petites tailles ne représentent plus l’avenir et la prospérité. L’éruption de 1902 ne va faire qu’accélérer un mouvement déjà initié depuis deux décennies.

C’est tout cela que vous verrez, en vous baladant à Saint-Pierre, entre son théâtre et sa maison de santé. Toute l’histoire est là. Comme il faut savoir lire entre les lignes, il faut savoir lire entre les ruines. Que les ruines soient grandioses, colorées ou qu’elles soit grises et parsemées de morceaux de charbon. En un mot comme en cent, si vous allez un jour en Martinique, faites donc une escale à Saint-Pierre, allez voir ses ruines. Elles vous parleront de ses générations de scientifiques qui se succèdent pour, sans relâche, pour essayer de « comprendre ». Elles vous parleront aussi de la vie, là-bas ; au début du XIXème siècle .

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Que voir à Saint Pierre ?

Saint-Pierre ne compte plus que 4396 habitants. Les ruines sont disséminées un peu partout dans la ville. Les plus connues et les plus emblématiques se trouvent essentiellement dans le quartier du Fort, de part et d’autres de la rivière Roxelane.

Quatre endroits sont les principaux objets de visites et de curiosité:

  • Le théâtre, en son temps réalisé à l’identique de celui de Bordeaux, et prévu pour accueillir 800 personnes. Il n’en reste plus que l’escalier monumental et le dallage du péristyle
  • La prison avec le célèbre cachot de Cyparis, resté intact, évidemment !
  • L’église du Fort (qui fut la première église de Saint-Pierre, elle date du XVIIème siècle).
  • La « maison coloniale de santé », nom joliment donné à l’asile d’aliénés et qui fut considéré comme un établissement d’avant-garde au XIXème siècle. On peut y voir les « cellules » et frémir devant les chaises métalliques de contention ancrées dans le sol et déformées sous l’intensité de la chaleur de la nuée ardente.
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Le théâtre

Si vous êtes « fouine », vous pouvez également pousser plus loin la curiosité. En mignardise, on peut brièvement citer les ruines du Figuier (immeubles qui se trouvaient en bord de mer), de deux chapelles, du presbytère, de la maison du Génie, du lycée colonial sans oublier le pont qui enjambe la rivière Roxelane qui lui, n’est pas en ruines. Il date de 1766, c’est le plus vieux pont de l’île et le seul édifice qui ait résisté dans son intégralité à l’éruption de 1902.

Quarante navires sombrèrent lors de l’éruption, si vous aimez plonger, vous pouvez vous rendre sur le site où gisent des épaves, au cœur de la baie. C’est le quartier du mouillage, connu pour être le plus grand musée maritime du monde. Cependant, qui ne plonge pas n’y accède pas.

Enfin, le musée Franck Alvord Perret, situé en haut de la rue Victor-Hugo présente des vestiges de la catastrophe : de simples objets du quotidien qui révèlent toute la puissance de la nuée ardente qui déferla sur la ville et saisit les habitants dans leur quotidien. C’est un musée très modeste (vieillot, dirons certains), ne vous attendez pas à des mises en lumière à la WTF. Si vous y allez, concentrez-vous sur la signification des collections en présence, qui ne manquent pas d’être émouvantes.

J’ai également appris qu’un Centre de découverte des Sciences de la Terre (CDST) a vu le jour en 2004, à l’initiative du Conseil général de la Martinique. Il se trouve quartier de la Galère. Le centre est axé sur la vulgarisation en volcanologie et astronomie. Cependant, je n’y suis hélas ! jamais allée. Je ne peux en rien témoigner de la qualité du contenu et de la scénographie.

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Article de Volcadoc

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