Routard en Thaïlande : qu’y a-t-il derrière l’image du doux voyageur ?

Après plusieurs mois à vivre en Thaïlande, je me suis aperçu que l’image que l’on véhicule du “routard-modèle” est loin de la réalité. Entre irrespect, alcool et rock’n’roll je vous emmène dans l’envers du décor.

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La Thaïlande en quelques points

Pour bien comprendre d’où vient le problème, je vous propose d’en connaître un peu plus sur la mentalité et la culture thaïlandaise.

Un Thaï lambda est en général quelqu’un de poli, courtois et plutôt introverti. Ce qui nous semble de la timidité devra plutôt compris comme une marque de respect. C’est bien connu, le Thaï ne montre jamais ses émotions en public. Je ne parle pas bien entendu des quartiers chauds…

Il en est de même dans les relations amoureuses. Vous ne verrez jamais un couple s’embrasser goulûment sur un banc public. Quant à la discipline, il suffit de prendre le BTS (métro  et train aérien) aux heures de pointe pour être surpris de l’ordre qui y règne. Vous ne verrez jamais personne monter dans une rame sans que les passagers soient tous descendus.

Une dernière chose — et pas des moindres : il faut savoir qu’il existe une hiérarchie sociale en Thaïlande. Dans cette dernière, un étranger « normal » est placé au dessus de la population thaï. Statut qu’il est très facile de perdre en jouant au touriste de base.

Bref, ces quelques lignes sont là pour vous montrer la grande différence de culture avec la nôtre et vous avez maintenant une idée des différends que pourrait engendrer ce trop grand écart.

Khao San Road, un soir de la semaine

Khao San Road, un soir de la semaine

Khao San Road, un soir de la semaine

Khao San Road, un soir de la semaine (bis)

Guide du « routard » thaïlandais

Avant toute chose, il serait bon de définir ce terme. La première citation que j’ai pu trouver est celle-ci: « personne qui voyage à pied ou en stop ». C’est assez large ! La caricature qui en est souvent faite est la personne qui voyage avec un gros sac sur le dos, dormant dans des maisons d’hôte et des dortoirs – et à moitié fauché.

A Bangkok, il suffit de se promener dans certains quartiers pour voir une affluence de voyageurs, venus de tous les coins du monde et correspondant à ces critères. Il s’agit bien sûr de Khao San Road. C’est ici que vous allez pouvoir observer ce fossé entre les deux cultures. J’aime aller prendre un verre de temps en temps dans ce quartier, un cornet de sauterelles à la main. Je me pose avec des amis et je regarde la scène qui se joue devant moi. Encore mieux qu’au ciné. Une flopée de jeunes gens de diverses nationalités se rassemble dans une seule rue pour faire la fête. Il faut dire que le lieu s’y prête bien. Les bars affichant « very very strong cocktail » (« cocktail très, très fort ») foisonnent tout le long de la rue.

Bière pas cher, lieu propice à la débauche, il n’est pas rare de voir certains touristes aller trop loin sous les effets de l’alcool. J’ai en souvenir un groupe de hippies entrain de se donner en spectacle en plein milieu de la rue en se frappant mutuellement avec des fleurs… no comment ! Ou alors ce mec bourré qui explose sa bière Singha juste devant un stand de fringues et qui passe son chemin en braillant des choses incompréhensibles. Mention spéciale aussi au mec qui est là depuis 5 jours et qui pense tout savoir sur le pays : mon préféré.

Very strong

« The classic sangsom bucket, vodka redbull bucket, beer, very strong » – Je vous ai prévenu : c’est du costaud

Mais quel rapport avec un routard me direz-vous ? Hé bien, le problème, c’est que ce sont ces mêmes personnes que vous allez retrouver dans le bus qui vous emmènera dans le sud de la Thaïlande et qui vont passer la nuit à boire de l’alcool (interdit), fumer dans les toilettes (interdit) et foutre le bordel dans le car. Beaucoup de routards semblent oublier qu’ils ne se trouvent pas chez eux et qu’ils devraient faire preuve d’un minimum de respect.

Vous voyez maintenant pourquoi je vous parlais du décalage routard/Thaï ?

Le choc des cultures

Tout ceci serait « acceptable » si cela se cantonnait à une rue de la capitale. Mais quand je vois des touristes s’énerver pour un rien, se permettre de juger sans connaître, je trouve que ces derniers feraient mieux de faire machine arrière et de rester tranquillement chez eux.

Rassurez-vous, les Thaïs sont tout aussi malins. Comme je vous le disais plus haut dans l’article, il suffit d’un rien pour descendre dans leur estime et il est très difficile de redorer son blason. Un Thaïlandais sera prêt à vous filer un coup de main, mais si vous jouez le routard relou, il vous regardera avec un grand sourire qui pour vous semblera sympathique mais qui signifiera bien des choses. Inutile de vous faire un dessin…

Comme vu précédemment, l’image du routard en Thaïlande en a pris une bonne, véhiculée qu’elle est, la plupart du temps, par des personnes irrespectueuses des coutumes locales. Je dirais donc qu’être routard est plus une façon de voyager, une question d’attitude adoptée en voyage. Il est cependant vrai que ce genre d’aventure vous amène au plus près de la population locale et donc d’une meilleure, patiente compréhension, qui conduit à un plus grand respect. Cependant, cela n’empêchera pas un touriste lambda de voyager par ce biais, une bière à la main!

Bref, le terme reste large. Bien trop large pour le réduire à une catégorie de personnes en recherche d’authenticité.

Sur les hauteurs de Pai, nord de la Thaïlande

Sur les hauteurs de Pai, nord de la Thaïlande

Pour ce qui me concerne, je n’ai jamais voyagé de la sorte. Je suis plutôt un expatrié à temps partiel. Pourtant, je me rangerais davantage dans la case de ceux qui sont là pour apprendre d’une culture. Certes, le décalage très important n’est pas évident à vivre au jour le jour. Je ne dirais pas que je suis irréprochable sur tous les points. Mais une exception ne doit pas devenir une habitude.

Vous l’aurez compris, cet article est coup de gueule envers ces personnes là. D’ailleurs, avez-vous déjà rencontré ces soi-disant « routards », que ce soit en Thaïlande ou ailleurs ?

NDLR – A lire aussi : Ne devenez pas une France-Afrique à vous tout seul, excellent pamphlet que l’un de nos contributeurs, Damien, dit  « Fennec », a publié sur son non moins excellent blogue.

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Il y a 13 commentaires

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  1. Hachi

    En effet, j’en ai vu pas mal, essentiellement sur Khao-San… C’est le coté « dérangeant » pour moi de cet endroit justement…
    Dans les autres lieux où j’ai été, pour l’instant pas trop, j’essaie d’éviter de base les lieux trop propices à ce genre de comportement, vu que comme toi, j’essaie avant tout de découvrir une nouvelle culture…

    En revanche quand tu dis « Vous ne verrez jamais personne monter dans une rame sans que les passagers soient tous descendus. », on ne doit pas avoir vu la même chose, c’est un enfer tous les matins pour moi pour descendre à Asoke! Je trouve au contraire qu’ils ne laissent pas des masses descendre du trains 😉

    • kevin @vivre en thailande

      Salut Hachi,

      C’est clair que dans les heures de pointes, ça se bouscule un peu plus. Du genre vers 5, 6 heures du soir à la correspondance de Siam.

      Je ne connais pas du tout la station Asoke. J’ai du y aller une ou deux fois à tout casser.

  2. Travelplugin

    Salut Kevin,

    C’est toujours bon d’avoir le regard d’une personne qui a vécu un minimum de temps dans le pays. Ma meilleure amie y a vécu 2 ans, elle relevait les mêmes choses que toi, je ne suis donc pas tellement étonnée.

    Lors d’un long trip en Bus au Chili du sud au nord, j’avais embarqué une bouteille de vin (Chilien et délicieux) dans le bus. J’avoue que je savais que c’était interdit mais bon, je n’ai pas eu l’impression de déranger qui que ce soit. On a pas mis le bordel dans le bus non plus avec l’Allemand avec qui je faisais un bout de route !

    Khao San Road est de toute façon le RV des touristes, donc je ne sais pas si on peut dire qu’ici il y a beaucoup de vrais routards !
    Après j’ai trouvé cette rue très agréable pour s’amuser mais aussi pour rencontrer des gens du monde entier (même si beaucoup sont européens).

    • kevin @vivre en thailande

      Salut Haydee,

      Ne t’inquiète pas, on ne va pas te blâmer pour un peu de vin. ;-). Non là c’était vraiment enchaînement de bière, je parle comme si j’étais tout seul. En gros, les mecs étaient bien bourrés et pas seulement un peu éméché.

  3. Blog voyage

    Je suis allé récemment en Thaïlande pour un voyage de 3 semaines.
    Je partage ton avis sur pas mal de point.

    Khao San Road regroupe essentiellement des routards (à la limite des hippies) qui découvrent un pays et une culture à travers les bars et 2 plats typiques pas cher. On identifie très rapidement ce type de personne … Mais en effet, ils nuisent fortement à l’image des touristes.

    Et le pire, c’est qu’il n’y a pas que Khao San Road, à Chiang Mai par exemple, il y en a pas mal aussi 🙁

    • kevin @vivre en thailande

      Pour les 2 plats, tu dois parler des Pad thai! Et pour l’autre? Les insectes? Les brochettes?

      Par contre, du côté du Chiang Mai, j’ai quand même moins ressentit cette atmosphère. Après, je n’ai pas trop eu le temps de ma balader car je me suis principalement entrainer. Donc très peu de sortie. Je sais qu’il y a une rue vers les « grandes portes » où tu as bars à fille et autres restos à touristes.

      J’y ferais plus attention la prochaine fois.

  4. tanned

    D’un coté, je comprend que le touriste européen se donne à l’excès et d’un autre, je comprend que cette attitude est tout à fait détestable.

    Il ne faut pas généralisé à tous les touristes, Bangkok est souvent le point de départ ou la fin du voyage du voyage en Asie du sud-est. Je pense que si les prix n’étaient pas aussi cher, il n’y aurait pas de problème car l’européen se sent comme un roi.

    Après si les thaïs ne leur donnaient pas ce qu’ils attendaient, il n’y aurait pas autant d’excès, au final, on ne sait pas qui est le plus fautif!

    • kevin @vivre en thailande

      Salut Stefan,

      Tout à fait, je ne les mets pas tous dans le même panier. Mais c’est l’effet de masse qui donne aussi cette impression. Et puis, je mentirais si je disais que je n’y suis jamais allé m’amuser et prendre un verre de temps en temps.

      Et puis, comme tu le dis, les thaïs ne se gênent pas pour te proposer des « very very strong cocktails » pour pas cher.

      Business is business 😉

    • PIERRE LECA-BRUET

      bonjour

      je suis un vieux de 55 ans ayant fait de ma vie une fête, sans travailler beaucoup .ce n’est pas pour cela que l’on ne doit pas respecter l’autre, ou que l’on soit ; peut im porte le pays.
      d’ailleurs les routards dont vous parlez, auraient ils le même comportement au QUATAR ou en CORSE, par exemple ?
      tout ça est une question d’education et de respect de l’autre; j’aimerais me mettre à voyager, mais j’ai un peu la flippe d’être mal vu, arrivant dans des pays déjà souillé par des voyageurs irrespectueux. à ce propos; je vais partir en sol, un an , les pays asiatiques me tentent beaucoup, que me conseilleriez vous ?

      • Mikaël

        Monsieur,

        Merci pour votre commentaire, qui démarre par une locution qui m’enchante : « ayant fait de ma vie une fête sans travailler beaucoup », d’où vous concluez « ce n’est pas pour cela que l’on ne doit pas respecter l’autre, où que l’on soit ; peu importe le pays ». A l’ère d’un fun triomphant égoïste, càd irresponsable et infantile, rappeler cette chose essentielle qu’est le respect de l’autre mérite d’être répété et assené.

        Responsable du site mais non auteur de cet article, il m’est difficile de vous répondre pour le cas du continent asiatique où, du reste la perception — négative ou positive — de l’étranger ainsi que le degré de violence varient d’un pays à l’autre. Je me contenterai de dire que j’ai souvent lu et entendu que l’Asie du Sud-Est est un espace relativement sûr pour les voyageurs, mais je préfère laisser d’autres vous renseigner sur le sujet — ou vous mettre en relation avec des voyageurs (vous n’aurez qu’à m’écrire ici : mikael[arobase]voyageurs-du-net.com).

        Quant à la « flippe » d’être mal vu, ça dépend où on passe. Il y a des lieux où la présence permanente, bruyante, irrespectueuse d’étrangers, a généré une habitude et attiré tous les vautours qui font profession de leur malhonnêteté. Et il y a des lieux où l’habitude est moins fréquente de rencontrer des étrangers. Tout dépend du type de tourisme/voyage que l’on pratique. Il importe de tjs bien se renseigner sur les paramètres de sécurité (se protéger soi) et de moeurs (ne pas offenser les locaux), de préférence auprès de personnes désintéressées : je me permets à ce sujet de vous suggérer le livre numérique de Fabrice sur la question : http://www.voyageurs-du-net.com/securite-voyage-guide-atipic. Du même auteur, cette fois au sujet des arnaques à éviter : http://www.voyageurs-du-net.com/110-arnaques-voyage-ebook.

        Je me dis de plus en plus qu’il est souvent judicieux de se demander : « Ai-je VRAIMENT » envie de visiter ce lieu? ». Quand on veut visiter Angkor par passion historique, on peut accepter la contrainte de se trouver parmi une cargaison de touristes ; mais quand, au fond, on n’a pas un grand intérêt pour l’archéologie et l’histoire, pourquoi aller à Angkor, à Chichén Itza, à Pompei…? De la même façon, pourquoi aller au Louvre quand on ne connaît rien à l’art et qu’on s’en fout ? Le voyage ne doit pas être une liste de courses où on coche pour dire : « J’ai FAIT le Vietnam, j’ai FAIT le Machu Picchu »… Il importe donc d’abord de se détacher de toutes les incitations publicitaires et retrouver la part individuelle de soi-même, et non celle souvent prédominante qui est une construction, un effet, du mensonge marchand qui, presque une possession démoniaque, s’empare de nos désirs. Je ne peux que vous inciter, et très vivement, à parcourir deux sites : http://www.echoway.org/, Echoway étant une association promouvant le tourisme écologique et communautaire, et Viatao, maison d’édition de guides de voyage alternatif. Dans les deux cas vous trouverez pas mal d’adresses asiatiques. Si besoin, contactez-moi et je vous mettrai en contact avec nos amis et partenaires selon les pays d’Asie où vous souhaiterez vous rendre.

        Cordialement,

        Mikaël

  5. Nowmadz

    On a l’air de nous dire a chaque fois qu’il ne faut pas généraliser, ou qu’il ne fait pas dénoncer ceux qui nous font ch….! M’enfin quand c’est trop, c’est trop!

    Nous sommes passés vite fait a khao San road. On a bien aimé, sauf certains endroits, comme les abords des bars avec les mecs bourrés que tu décris là. Eux, on dirait qu’ils s’en foutent bien du pays et des thaï, qu’ils y viennent juste pour les cocktails très, très forts. Et les filles. Suis même pas sûre qu’on puisse les ranger dans la catégorie « routard » quoiqu’en effet on ne sache finalement pas trop ce qu’elle veut dire.

    Bon c’est une autre façon de voyager, qui n’est pas la notre en tous cas. On évite aussi les trop grosses AJ, celles sur 4 étages avec cour commune car 9 fois sur 10, c’est le bordel.

    A croire qu’on note le degré d’amusement du routard au nombre de décibels émis.

  6. Thibaut ProfiterduMonde

    Oui on en rencontre un peu partout malheureusement des gens débiles et irrespectueux qui « visitent » un pays comme s’ils étaient dans un jeu vidéo à se croire tout permis, pouvant tout acheter etc.
    Je ne supporte pas ces gens-là, mais des fois ils me font aussi un peu de peine honnêtement.


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