Le tourisme de masse : une maladie fatale ?

Des régions parmi les plus belles du monde sont malades. Elles sont atteintes d’une maladie qui peu a peu les enlaidit et les affaiblit en dévastant l’environnement et en écrasant les populations. Ses symptômes sont la pollution écologique et culturelle, la dépossession des populations de leurs territoires, l’exploitation de celles-ci et l’utilisation démesurée des ressources naturelles. Le diagnostic ? Tourisme de masse !

http://www.voyageurs-du-net.com/wp-content/uploads/2012/12/tourisme-de-masse-sur-une-plage-700x468.jpg

Quiconque sait plus ou moins définir ce qu’est le tourisme… et l’opinion publique est, à coup sûr, majoritairement positive sur le sujet. Or, si le tourisme peut avoir des aspects positifs dans certains lieux ou pour certaines communautés, le tourisme de masse c’est un autre sujet lequel est, malheureusement, inconnu en lui-même et ses conséquences.

Plage de Lloret (Espagne)

Qu’est-ce que ce phénomène ? Le tourisme de masse, dit simplement, ce sont des déplacements massifs de populations touristiques vers un même lieu (une ville, un pays ou une région géographique) pour un temps court. A priori, rien de mal, mais il est nécessaire de considérer de plus près quelles en sont les implications. On pourrait imaginer qu’un afflux massif de touristes induit un afflux massif de recettes, donc l’accroissement de l’industrie touristique et, logiquement, plus de travail. Or, si tout cela est bien vrai, les plus grands avantages coûtent très cher et ils sont rarement reçus par le pays visité ou sa population.

Cargaison de touristes à Angkor, Cambodge

Qu’y a-t-il de mal dans le tourisme de masse ? Ceux qui se rendent sur les lieux contaminés par le tourisme de masse s’amusent à coup sûr : tout y est fait pour que le touriste y trouve les produits et services garantissant un séjour à son goût, qui ne s’éloigne pas excessivement de ses habitudes de consommateur européen. Car, même dans les pays sous-développés ou en développement, les parcs touristiques se doivent de garantir un haut niveau de qualité de prestation. Les revenus de l’ industrie touristique en dépendent. Et c’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle la majorité des touristes n’a aucune chance – ni le temps, d’ailleurs – de se rendre compte des impacts négatifs de son voyage sur les lieux de leur séjour. Ils ne perçoivent pas ces effets car, n’étant que de passage, dans des espaces le plus souvent coupés des populations environnantes (zones hôtelières, Club Med, bateaux de croisière…), ils ne les verront ni ne subiront ce qui, en revanche, est bien le cas pour les locaux et pour leur environnement, qui ne peuvent qu’en souffrir.

Fez, Maroc

Un désastre écologique

Très logiquement, une quantité massive de touristes exige une quantité plus massive encore de produits et services, donc de ressources naturelles et de main d’œuvre. Le besoin de ressources naturelles implique une consommation immodérée,  qu’il s’agisse d’eau ou d’électricité. Tout ceci est lié à l’accaparement de la terre elle-même par les entreprises capitalistes qui ont davantage le souci des clients que celui des populations locales et de l’environnement naturel.

Un des problèmes écologiques les plus graves a trait aux à la question de l’eau. Tandis que, dans le monde, un milliard de d’humains n’a pas accès à l’eau potable, un touriste utilise en moyenne la même quantité d’eau en 24 heures que ce qu’utilise un villageois d’un pays pauvre sur une période de 100 jours de riziculture. Car, si la culture de la douche prolongée et du bain est banale dans les pays riches, souvent pourvus de systèmes efficaces de  traitement des eaux usées, ce n’est pas le cas dans la majorité du monde. Ainsi, au Maroc, l’industrie touristique utilise deux fois plus d’eau que l’activité qui en est a priori la plus grande dépendante, à savoir l’agriculture… Sans mentionner les piscines et fontaines des hôtels ou les terrains de golf… Pis : un seul hôtel de luxe peut utiliser près de 300 000 litres d’eau pour une seule journée.

Qu’importe si l’eau douce est rare a Denia (Espagne) ou que son utilisation soit limitée pour la population, car peut-on concevoir un hôtel sans sa piscine ?

Une importante quantité de touristes consommant une importante quantité de produits, génère immanquablement une importante quantité de déchets. Cet article sur Cancún (Mexique), lu d’abord dans un guide Echoway et que reprend ce site, indique à ce sujet que « Cancún croule chaque jour sous 750 tonnes de déchets : la moitié provient des 700 000 habitants, l’autre moitié de ses 26 000 chambres d’hôtels… ».

Pollution dans la baie de Manille, Philippines

À la Barbade, les eaux usées envoyées par les hôtels dans la mer, même si elles sont traitées, reste tout de même riche en azote, lequel détruit les plantes maritimes indispensables à l’alimentation de poissons et à la construction de coraux. Ces derniers, en outre, se trouvent affectés directement par les activités de plongée, car les plongeurs piétinent par maladresse… ou arrachent délibérément des coraux pour les garder comme souvenirs. Telles sont aussi les conséquences du tourisme de masse.

Coraux détruits en Floride, États-Unis

Le tourisme profite… surtout aux exploiteurs

Les besoins en main d’œuvre impliquent souvent une exploitation impitoyable de salariés jetables et/ou sous-payés, qui ne bénéficient d’aucune protection sociale et/ou syndicale. L’article susmentionné sur Cancún rapporte : « les chaînes, en toute illégalité, utilisent des contrats bidons de 28 jours, sans prestation sociale, renouvelés après 3 jours au repos, comme en témoigne Alejandro, masseur dans un hôtel : « Le jour où tu signes ton contrat, tu signes en même temps ta lettre de démission dans 28 jours. Ils font tous ça, et si tu dis quelque chose, tu te retrouves sur une ‘liste noire’. Impossible alors de trouver du travail sur toute la Riviera Maya ».

En République dominicaine, les femmes de chambre aux hôtels travaillent neuf heures par jour, ne bénéficient pas de congés payés et ne peuvent obtenir de vacances qu’en l’échange des heures supplémentaires effectuées.  Dans de telles conditions, il est évidemment impossible de former un syndicat. Et, sans adversité ni contestation, les capitalistes ont toute liberté pour imposer leurs règles.

On pourra toujours argumenter que, même s’il existe des effets négatifs, le développement économique et la hausse des revenus liés au tourisme valent la peine. Et pourtant, la réalité est têtue. Car la majorité des recettes générées par cette industrie ne profite pas au pays visité, beaucoup de centres touristiques étant conçus comme des enclaves, des zones franches, comme closes sur elles-mêmes et séparées par l’étanchéité du mur de l’argent, des zones environnantes.

Beaucoup des locaux à Cancún ne voient jamais les profits produits par le tourisme

En outre, sur un forfait touristique international acheté en Belgique, en Allemagne, ou au Royaume-Uni, en moyenne, 20% reste dans le pays d’origine (l’agence, le tour operator, tout d’abord) et 37% revient à la compagnie aérienne. Seuls 43% atteignent le pays visité, pourcentage qui est loin, très loin de bénéficier intégralement aux locaux. Car, pour l’essentiel, ce sont les grandes entreprises qui en tirent les bénéfices, depuis les chaînes d’hôtels jusqu’aux chaînes de restauration (McDonald’s, Starbucks, Hard Rock Café, Pizza Hut, Domino’s Pizza, pour citer l’exemple de l’abjecte Cancún), aux produits industriels importés (depuis les chips, le Coca-Cola ou les bières jusqu’aux babioles Made in China) ou fabriqués sur place par de grandes entreprises capitalistes (produits agro-alimentaires, cigarettes, etc.). Au total, ce sont les miettes que récoltent les locaux, qui sont déjà chanceux lorsqu’ils perçoivent le salaire minimum (lire à ce sujet ce reportage d’Echoway auprès des travailleurs de Cancún).

La privatisation du sol

Un autre problème qui affecte la population tient à l’impossibilité de jouir du territoire où il vit. À Bacalar, nous avons pu constater que la privatisation de la rive de la lagune, au profit d’hôtels, en empêchait de fait l’accès, sauf par deux uniques pontons. La Riviera Maya, au Mexique, est l’exemple d’une privatisation massive du territoire littoral, où il n’est parfois plus de profiter de la mer, parce que les hôtels en barrent l’accès et envahissent la plage. Idem au Salvador, avec le lac Coatepeque, inaccessible sans acquitter un « droit de douane » (consommation au bar, nuit d’hôtel)…

C’est également le cas en Jamaïque où, bien que la loi dispose que les plages sont des espaces publics, les plus belles du pays ont été privatisées et les hôtels, par leurs tarifs dissuasifs pour les locaux, interdisent de facto à ceux-ci d’en jouir.  Ce sont d’ailleurs surtout les pêcheurs qui s’en trouvent les plus affectés, manquant d’espaces pour décharger leurs bateaux.

Cette belle plage Jamaïcaine n’est plus accessible aux locaux

Existe-t-il donc une cure pour cette maladie ? Il est, certes, vital d’être conscient des conséquences qu’un voyage peut produire, et plus encore, d’essayer de ne pratiquer qu’un tourisme alternatif, responsable, en ayant à l’esprit les effets sur les populations et leur environnement écologique : préférer des guides indépendants et/ou locaux (quitte à suivre, lorsque c’est possible, la visite dans leur langue dans le cas où ils ne parlent pas de langue étrangère), manger dans des restaurants plutôt que dans des franchises de chaînes de restauration, privilégier des hébergements écologiques et des hôtels familiaux, acheter de l’artisanat local dans des échoppes spécialisées, voire sur le lieu de fabrication, préférer les produits du marché à ceux des grandes surfaces (de toute façon plus chers)…

Et surtout, il convient de bien choisir sa destination… et d’éviter les pièges à cons, largement infectés par le cancer du tourisme de masse comme Cancún, Bali, Cozumel, le Mont-Saint-Michel ou Venise et beaucoup d’autres… ou bien de les visiter différemment : hors saison ou en logeant chez l’habitant, dans des hébergements écotouristiques ou des maisons d’hôte, ce qui permet de soutenir la micro-économie du tourisme et non d’engraisser les capitalistes du tourisme ; voyager sans passer par les grands opérateurs touristiques indifférents à l’environnement et à la société (mais non aux profits), mais en privilégiant plutôt associations et agences de voyage alternatif.

Cargaison de touristes à Venise

Promouvez le tourisme alternatif pour le bien de l’environnement et des populations. La maladie du tourisme de masse est,  certes, avancée et sérieuse mais peut-être peut-elle encore être traitée avec les efforts et approches appropriés. La prochaine fois que vous voyagez, ne soyez pas une des cellules de ce cancer mondial, mais une médication, c’est-à-dire une partie de la solution qui aide à éradiquer la maladie. Soyez exemplaire : cela ne vous coûtera pas plus cher (cela peut même être en vérité s’avérer un voyage économique et bien plus enrichissant) et vous ferez une action responsable.

Andrés Lainez

VOYAGER PAS CHERLa rédaction vous conseille :

Voyager avec 20 euros par jour, le guide
En savoir plus

Virginie - Vie Productive.com - Fontenay-aux-roses"Enfin un guide voyage qui démonte point par point la plus courante des excuses. Non, voyager ne coûte pas forcément cher ! "

Katy Chey - Communication et marketing - Londres"Voilà un guide pour voyager qui déborde de conseils avisés et malins ! Les bons plans qu’il contient s’adressent à tous voyageurs, expérimentés ou non"

Julien Valat - Blog Vitamin-e - Montréal, Canada"Ma première lecture de ton guide m’a enthousiasmée car tu y livres un réel tour d’horizon des possibilités qui s’offrent aux voyageurs"

Vous avez aimé ?

Partagez en cliquant ci-dessous


Vous en voulez encore ?

Articles que vous allez aimer :
industrie touristique

Il y a 17 commentaires

Ajoutez le vôtre

Note : vous n'obtiendrez pas de lien en venant commenter sur VDN. Inutile donc de venir spammer... Seuls les liens pertinents, en rapport avec le sujet seront publiés.

  1. RadTransf

    Le tourisme de masse, c’est la conséquence inévitable du tourisme tout court, une fois que celui-ci est accéssible a un grand nombre de personnes.

    • Mikaël

      Bonjour et merci pour votre commentaire.

      Il me semble que ce que vous dites est un peu tautologique. Et que le problème du tourisme de masse, s’il est en effet surtout le problème du fait touristique tout court, est à plus forte raison le problème conjoint du productivisme, du capitalisme et du libéralisme. On ne peut penser ce phénomène sans aller à la source : pourquoi des masses de gens désirent la même chose ? Pourquoi se fait-il qu’il y a des périodes où les migrations touristiques sont plus fortes ? Pourquoi tant de personnes font ailleurs ce qu’ils ne s’autoriseraient jamais à faire chez eux ? Qu’est-ce qui génère sur les masses un désir sans imagination, càd le désir d’un imaginaire imposé par la publicité, par les émissions de télévision et les journaux ?

      Si l’on répond à ces premières questions, il me semble qu’émergent de nouvelles questions, qui ont trait à l’organisation du travail par le capitalisme (mais le problème se posa déjà, je crois, avec les nomenklaturas de la soi-disant Union soi-disant soviétique), au salariat, au productivisme, à l’absence de normes environnementales imposées aux industriels du tourisme, parce que divers Etats sont ralliés au projet néolibéral qui considère que l’économie doit s’autoréguler.

      Cordialement,

      M.

  2. Haydée

    Entre le désastre écologique et l’exploitation des locaux, c’est dur d’entendre toutes ces vérités.
    Les gens n’ont souvent pas les bons gestes par manque d’éducation. Nous sommes dans une économie de croissance permanente et de consommation à outrance, le tourisme fait parti du jeu.

    Ce qui rend les gens très égoïstes. Ils se moquent de ce que peut vivre le paysan du coin.

    Ce n’est pas du jour au lendemain que ça changera malheureusement. Comme tu dis, chacun doit apporter sa graine, en voyageant responsable : limiter ses vols, éviter les « pièges à cons » :)
    Article très intéressant et complet.
    Merci

  3. Corentin

    Il est malheureusement tellement plus facile de faire confiance à un Tour que d’organiser son voyage soit même étape par étape. Et beaucoup de touristes ne souhaitent tout simplement pas voir ‘derrière le mur’. Ils sont en vacances, ils ont travaillé dur pour pouvoir partir, c’est donc ‘normal’ qu’ils en profitent : un cocktail, un bon bain, une plage rien que pour soit… Même si cela doit se faire au détriment d’une population qu’ils ne rencontreront de toute façon jamais. Quel dommage !

    Il m’est arrivé de rencontrer des petits organismes de tourisme indépendants. Des ‘locaux’ qui proposaient des services à moindre coût, avec des visites en petits groupes, dans des lieux à l’abri de la grosse masse touristique. Cela redonne un peu d’espoir, mais pour trouver ce genre de chose, il faut en faire la démarche, et ça c’est une autre histoire…

    Cet article, très complet, ne donne qu’une envie : voyager différemment ! (Et aller botter le c*l de tous ces couillons qui pourrissent des endroits magiques). Merci !

    • Mikaël

      Merci Corentin, pour ton commentaire.

      Il faut faire la démarche, en effet… Mais à tout le moins existe-t-il des agences ici en France qui travaillent main dans la main avec des locaux…

      Et puis, nous aussi, voyageurs et blogueurs, nous pouvons contribuer à faire circuler les bons plans, à inciter les gens à voyager autrement. Que diriez-vous d’apporter votre contribution et vos bons conseils à notre rédaction ? Nous serions dans ce cas heureux de les diffuser.

      Cordialement,

      M.

  4. Corentin

    Je suis « tombé » très récemment dans le grand bouillon des blogs de voyage et je n’ai donc pas une grande expérience dans ce domaine. Mais si je peux contribuer et apporter quelques conseils ce serait avec plaisir !

    • Mikaël

      N’hésite pas à nous faire des propositions, si elles te viennent, en m’écrivant : mikael]at[voyageurs-du-net.com. A très bientôt et merci pour tes encouragements.

  5. Tasty Trip@Voyage Monde

    Comme tu le dis dans ton article, il s’agit bien en règle générale d’un tourisme qui profite aux grands groupes et aux « puissants » d’une manière générale.

    Les grandes compagnies touristiques versent généralement des sommes rondelettes aux gouvernements en place (présidents ou dictateurs, peu importe pour eux) pour s’approprier les terrains les plus prisés et les plus susceptibles d’attirer du monde.

    J’ai également été choqué par les conditions de vie de certains employés sur une croisière au Vietnam, ils travaillent du matin au soir, et dorment dans des chambres minuscules dans un endroit du bateau qu’on n’est normalement pas sensé voir.

    Le tourisme de masse aurait plus d’argument si au moins il était plus intéressant que le tourisme « home made », or c’est rarement le cas, il s’agit simplement d’une solution de facilité.

    Au vu des conséquences de cette facilité, refusons la ;)

  6. Benoit (novomonde)

    Super article, très complet…

    J’espère que cet article (avec d’autres sur le sujet) aura le mérite d’éveiller les consciences (et je me met dans le paquet) des vacanciers, touristes ou routards… Même si la machine semble si difficile à enrayer!

    A l’échelle d’un simple voyageur, je pense qu’il est important de se rappeller que quand on voyage à l’étranger, nous sommes accueilli par les locaux…Il faut donc se comporter comme un invité et s’adapter, en quelque sorte, au mode de vie local. Pas toujours facile j’imagine… J’ai d’ailleurs un peu peur, pour notre voyage, d’arriver à certain endroits avec ma curiosité et mes gros sabots et de déranger les gens… On verra bien!

    Par contre, en ce qui concerne la majorité des touristes, ils ont tous travaillé durement pour avoir le « droit » (ou se l’octroyer) de se faire plaisir pendant deux semaines, dans des endroits paradisiaques. En plus, la majorité de l’offre tourisitique qui leur est proposée en europe n’est pas ce qu’on pourrait qualifier « d’équitable »… Il faut aussi dire que c’est le luxe et le confort que les gens recherchent… ça va pas être facile de changer ça

    • Mikaël

      « Par contre, en ce qui concerne la majorité des touristes, ils ont tous travaillé durement pour avoir le “droit” (ou se l’octroyer) de se faire plaisir pendant deux semaines, dans des endroits paradisiaques. »
      Le problème n’est pas le fait d’avoir ou pas droit à un repos, mais la façon dont est utilisé ce temps de repos. Quant à l’offre « équitable », elle existe bel et bien en Europe : campings, micro-agences et guides locaux, tourisme écologique, gîtes & maisons d’hôte… Ca ne manque pas. Il faut seulement être un peu curieux, ce qui nécessite du temps. Mais c’est infiniment plus gratifiant, au bout du compte.

      « Il faut aussi dire que c’est le luxe et le confort que les gens recherchent… ça va pas être facile de changer ça »
      C’est peut-être le cas de la petite bourgeoisie (qualifiée désormais de façon dépolitisée de « classe moyenne », laquelle est dépourvue d’unité et, partant, de toute réalité sociologique) et de la bourgeoisie tout court, qui peuvent se permettre financièrement un séjour en hôtel ou de claquer 1500€ pour 15 jours au Club Merde. Mais je t’invite à aller passer 15 jours dans un camping : tu verras que le confort, bcp s’en fichent et privilégient la simplicité et la convivialité, par goût mais aussi parce que financièrement ils ne peuvent pas se permettre le Club Merde ou le riad à Marrakech. Fondamentalement, le pire du tourisme de masse est, je le pense, beaucoup moins le fait des prolétaires et des fauchés, que le fait des petits et grands bourgeois, en raison même de leur pouvoir d’achat et, plus ou moins concomitamment, de leurs valeurs libérales, donc individualistes.

      • Toutékaka

        Article intéressant mais le parti pris déforme trop la vérité au lieux de l’affronter.

        Les « Bourgeois » les riches sont plus « mauvais » quand ils partent en vacances…
        Je reste très sceptique, si on regarde l’hébergement de luxe dans les pays d’Asie, du Moyen-orient orient ou d’Amérique Centrale, ce sont principalement des lodges qui d’un point de vue environnemental sont irréprochables, les employés sont rémunérés très correctement, et un budget particulier est affecté aux projets locaux (Je ne dis pas que ce néocolonialisme/paternalisme est bien je dis juste qu’il est, à mon avis bien plus profitable pour les populations et pour l’économie locale), Mais réservé aux classes (très) dominantes.

        « Fondamentalement, le pire du tourisme de masse est, je le pense, beaucoup moins le fait des prolétaires et des fauchés, que le fait des petits et grands bourgeois, en raison même de leur pouvoir d’achat et, plus ou moins concomitamment, de leurs valeurs libérales, donc individualistes. »
        Le mythe du bon pauvre et aussi discutable que celui du bon sauvage. Il suffit de voir à qui se destine l’ensemble des resorts du pourtour méditerranéen. A 350€ la semaine en demi-pension avec le vol compris faut pas croire que l’hôtel va suivre les normes iso, ni que les employés seront payés à 15$ de l’heure. Pour ce qui est de la fréquentation de la population… Ce n’est pas les plus riches, ce qui ne veut pas dire, loin de là qu’ils soient plus malins ou plus proche des locaux (le principe du all inclusiv la rappelle).

        Je crois beaucoup à la notion de capital touristique et à l’apprentissage sur le temps (forcément long) de manières différentes de voyager. Mais je pense sincèrement que beaucoup de gens ne partent pas en vacances pour « rencontrer » une culture, « se cultiver » ou « partager ». C’est aux structures du tourisme de s’adapter pour permettre à cette population (80% des vacanciers j’ose le rappeler) de réaliser ses envies (dans une certaine limite) tout en impactant de manière minimale l’environnement naturel et social.

        Quand à la leçon, je sais gérer mon temps comme il se doit, les autres ne font que le perdre… elle me fait bien trop peur par ce qu’elle insinue.

      • Mikaël Faujour

        Bonjour.
        Je me contenterai, en guise de réponse, de vous renvoyer à ce rapport du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) : http://www.credoc.fr/pdf/Sou/Vacances2012.pdf.
        Vous pourrez notamment y lire ceci :
        « le taux de personnes parties en « vacances » (c’est à dire parties pour des raisons personnelles au moins quatre nuits consécutives hors de leur domicile) qui était de 65% en 1995 est aujourd’hui de 58%. La crise qui a débuté fin 2007 a eu tendance à accélérer ce phénomène : entre 2007 et 2008, le taux de partants a chuté de 4 points pour atteindre un niveau historiquement bas et s’établir à 52%. (…)
        Les catégories modestes, de longue date, ont plus de difficultés à s’offrir des séjours. Le taux de départ en vacances varie ainsi du simple au double entre le bas et le haut de l’échelle des revenus. Or, ces différences ont tendance à se creuser depuis la crise. Les foyers les plus aisés ont continué à partir dans des proportions relativement stables oscillant autour de 80%. Depuis 2010, on observe même une hausse de la proportion de partants, dans la plupart des catégories sociales. Seuls les taux de départ des publics défavorisés, qui avaient fortement chuté en 2008, restent depuis cantonnés à des niveaux très faibles. 47% des foyers les plus pauvres partaient en vacances en 2007 ; en 2012, ils ne sont plus que 37%
        Les freins financiers expliquent deux tiers des non-départs des personnes se situant en bas de l’échelle des revenus (contre 15% des raisons de non-départ des personnes les plus fortunées). Au-delà du manque de moyens, d’autres facteurs font obstacle au départ. Rappelons que la plupart des vacances des Français se font à moindre coût : selon la DGCIS5 88% des voyages de nos concitoyens en 2011 sont restés dans les frontières de l’Hexagone, plus des trois quarts ont été effectués par la route (78%), essentiellement en voiture, et l’hébergement chez des amis ou la famille reste prédominant (66% des nuitées en France). Autant de possibilités qui ne s’offrent pas toujours aux plus modestes qui, en moyenne, sont moins souvent équipés d’une voiture et disposent également d’un réseau relationnel moins étendu. Le développement des offres touristiques par Internet exclut également de fait une partie des moins fortunés (34% exactement) qui n’ont pas d’accès à Internet chez eux ».

        Cela me semble répondre assez à vos remarques. Mais j’ajoute aussi ces propos des sociologues et chercheurs Saskia Cousin et Bertrand Réau :
        « De plus, malgré le Front populaire, les Trente Glorieuses et lelow cost, la démocratisation du voyage n’a jamais vraiment abouti : plus de 40% des français ne partent pas en vacances et les vacances à bas coûts s’adressent plutôt aux classes moyennes qu’aux classes populaires. » (Source : http://www.espacestemps.net/articles/tourisme/)

        A coup sûr, cela appelle un approfondissement : je m’en occuperai très possiblement ; je vous laisse toutefois la liberté de chercher par vous-même.

        Relativement, à la notion de « bon pauvre », je n’ai rien énoncé de tel : énoncer que pour des raisons non pas essentielles, mais structurelles et déterministes (sociales, économiques, psychologiques, etc.), un pauvre pollue moins qu’un riche ne me semble pas une hérésie. Je reconnais l’intuition, qui mériterait d’être étayée : mais un commentaire n’est pas un article.

        Enfin, je termine sur votre « me fait bien trop peur », qui me rappelle volontiers ceux qui voient partout, et surtout où il n’y a pas lieu, « les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire ». C’est si grotesque et si voué à empêcher de penser si on y réfléchit bien, si malhonnête que d’imputer des pensées non formulées, que je ne m’attarderai pas davantage.

        Cordialement,

        Mikaël

  7. Franck@Hôtel Albi

    Bel article qui pose un problème dont souffre beaucoup de localités et en dépits de tous ces maux le tourisme de masse continue toujours à exister. Je pense que le débat doit être posé et reposé puisque les enjeux sont considérable (bien entendu aussi bien dans le coté positif que négatif). Mais moi je pense qu’on a plus a perdre qu’a gagner dans cette pratique à un niveau environnemental. Sur le plan économique c’est vrai que les recettes tirées du tourisme de masse sont considérable mais L’environnement en est profondément affecté. Donc il faut qu’on trouve une solution pour sauvegarder notre patrimoine.

  8. utopiawest

    Que diriez vous de déconstruire le tourisme, et laissez la masse réfléchir à leurs vacances sans être attiré par ses agences de voyages qui craquent les prix à travers toutes les frontières. De toute façon les agences de voyages sont enclins à disparaitre du fait des nouvelles tendances …

    • Mikaël

      Bonjour,

      1. « Déconstruire le tourisme », on le fait déjà. Si vous vous en tenez à un seul article pour juger le site dans son ensemble, convenez que votre commentaire est péremptoire. Vous pourriez, au pif, lire ces articles (entre autres) :
      http://www.voyageurs-du-net.com/tourisme-ecologique-communautaire-chiapas-chiflon
      http://www.voyageurs-du-net.com/tourisme-misere-pauvrete
      http://ragemag.fr/cancun-anatomie-d-une-capitale-liberale-du-tourisme-de-masse-10690/
      http://www.voyageurs-du-net.com/industrie-tourisme-perou-desastre
      http://www.voyageurs-du-net.com/full-moon-party-koh-phangan-thailande
      http://www.voyageurs-du-net.com/routard-thailande
      http://www.voyageurs-du-net.com/vdn-tourisme-alternatif-responsable-economie-insolite
      http://www.voyageurs-du-net.com/voyager-autrement-luxe-lenteur

      C’est encore « peu » mais nous y travaillons et prévoyons d’autres réflexions : sur le fait touristique en tant que partie prenante du libéralisme social et culturel, sur le tourisme voyeur, sur le mythe de l’ »authentique » et ses présupposés, sur le mythe du « citoyen du monde », etc. Du reste, si au lieu de lancer une suggestion péremptoire vous étiez allé lire nos articles ou ce que nous relayons sur notre page Facebook, vous ne l’auriez pas écrit.

      2. « Laisser la masse réfléchir » : je ne sache pas que le fait de publier une analyse empêche « la masse » (quel mot délicieusement méprisant, dont je me garderai de trop insister sur le fait qu’il ne l’est pas moins quand utilisé par des marxistes) de réfléchir. A contrario, j’ai même tendance à penser qu’on réfléchit mieux en disposant d’informations.

      3. « Les agences de voyages (…) disparaître du fait des nouvelles tendances ». Vous m’invitez à « déconstruire le tourisme » mais vous vous gardez bien de le faire sur des bases empiriques. Votre énoncé est non seulement totalement péremptoire et vaticinatoire (heureux qui saura dire : voici ce qui va se passer dans les 10 ans à venir, etc.), mais vraisemblablement à côté de la plaque. De 2003 à 2011, les vols touristiques transnationaux sont passés d’env 712 millions à plus d’1 milliard. Les prévisions de l’Organisation mondiale du tourisme pour 2030 annoncent 1,8 milliard (http://media.unwto.org/fr/node/33508). C’est dire si le phénomène touristique n’est pas voué à reculer. Mais non seulement il n’est pas voué à reculer, mais rien n’indique clairement, contrairement à ce que vous énoncez péremptoirement, qu’il va évoluer vers une disparition des agences du fait des « nouvelles tendances » (lesquelles, d’ailleurs???). Tout d’abord parce que les marchés émergents (la zone Asie-Pacifique représente 22% des marchés émetteurs en 2010 et l’OMT annonce 30% pour 2030) mettent en circulation des personnes disposant de périodes de congés courtes, aux pratiques de voyage différentes en raison de valeurs culturelles moins individualistes, et n’ayant pas connu ce sentiment de « saturation » des touristes occidentaux où le tourisme est un fait collectif depuis plusieurs générations et qui génère des représentations claires sur ce qui est bien ou ne l’est pas, ce qui est beauf ou aventureux, etc. Autrement dit : le grand enthousiasme touristique et consumériste en général qu’ont connu les pays occidentaux dans les Trente Glorieuses est en train d’être largement remis en question, alors que c’est précisément ce à quoi aspirent les classes moyennes de pays n’ayant pas passé par cette phase. Cependant peut-être évoquez-vous le seul cas français ? Mais si c’est le cas, rien ne confirme le catastrophisme et la disparition que vous annoncez ; lisez par exemple cet article : http://www.tourmag.com/Agences-de-voyages-le-chiffre-d-affaires-median-en-retrait-de-10-en-2009_a40474.html.

      Autrement dit, le marché se restructure sous l’effet de la crise, des propositions s’adaptent. Et si beaucoup de gens voyagent seuls comme des grands et non comme des moutons cons-sots-mateurs, les agences ne sont pas, à mon avis, vouées à disparaître. L’article ci-dessus vous apprendra que, rien qu’en France, il se crée depuis dix ans environ 200 agences/an. Et c’est sans parler du reste du monde, où de nombreuses communautés ou individus prennent conscience des intérêts lucratifs du tourisme. Coopératives et agences fleurissent partout et développent des propositions différentes, qui vont du tout-inclus (tourisme de masse typique) à la simple excursion sur un volcan ou plongée sous-marine ou promenade à cheval, etc.

      S’il est une raison pour que je vous remercie, c’est de m’avoir lancé sur la piste de futurs articles sur le devenir des agences de voyage.

      Cordialement,

      Mikaël

    • Mikaël

      Bonjour,
      Ce serait avec grand plaisir, M. Girod, que je vous proposerais un entretien ou une chronique du livre.
      Le problème, toutefois, est que je réside au Guatémala, ce qui complique grandement l’envoi-presse.
      Cependant, contactez-moi ici : mikael[at]voyageurs-du-net.com : peut-être pourrions-nous publier des extraits du livre, ou vous proposer de publier ponctuellement des tribunes.
      Discutons-en !

      Cordialement,

      Mikaël


Laisser un commentaire