Le safari des animaux hybrides de Nueva Alemania (Mexique)

Tout au sud du Mexique et de l’Etat le plus méridional du Chiapas, l’ancienne colonie allemande Nueva Alemania abrite une bien étrange ménagerie. Découvert un peu par hasard, cet ancien village fantôme reconverti en lieu de recherches scientifiques, puis en attraction touristique (safari) encore méconnue, est un des plus curieux endroits au monde. Nous vous emmenons à la découverte des animaux hybrides de Nueva Alemania.

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Au hasard de nos pérégrinations de voyageurs, il nous est souvent arrivé d’entendre parler de lieux étonnants, méconnus, de traditions insolites : si vous nous lisez régulièrement, vous savez déjà que c’est là ce qui définit notre ligne éditoriale. Nous confessons toutefois que rien dans notre vie n’a jamais égalé cette découverte étrange, que nous allons partager avec vous : la ferme des animaux hybrides de la colonie allemande de Nueva Alemania, située dans le Chiapas, tout au sud du Mexique.

Nueva Alemania Chiapas

Une maison de l’ex-colonie allemande de Nueva Alemania (Chiapas)

Aux origines : la colonie allemande de Nueva Alemania, dans le Chiapas

Dans les années 1920, l’industrie du café est prospère, grâce aux prix internationaux favorisés par la politique de rétention pratiquée par le Brésil. C’est à cette époque que de nombreux Allemands tentent l’aventure : ils quittent leur pays et arrivent au Mexique et en Amérique centrale pour se lancer dans l’exploitation et le commerce du café. A l’invitation du président mexicain Porfirio Díaz, beaucoup d’Allemands arrivent donc au sud du pays, dans le Chiapas, en provenance d’Allemagne, d’Autriche, du Brésil et du Chili. Ils sont alors plus de 6500, dédiés à l’industrie du café, à fonder la colonie nommée Nueva Alemania (« Nouvelle Allemagne », en espagnol).

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Pendant près de deux décennies, le village prospère sur la production et le commerce du café, mais lorsque le Mexique déclare en mai 1942 la guerre à l’Allemagne, tout change pour Nueva Alemania. Le gouvernement saisit les propriétés dédiées au café et le personnel allemand est remplacé par des employés mexicains, tandis que les propriétaires sont confinés dans le camp de concentration de Perote, dans l’Etat de Veracruz (est du Mexique). A la fin de la guerre, lesdites propriétés, en mauvais état, sont revendues à leurs propriétaires.

L’histoire de ce lieu loin de tout et loin surtout des drames de l’histoire européenne, prend une tournure nouvelle après la guerre. La majorité des propriétaires ne retourne pas à Nueva Alemania, qui demeure passablement dépeuplée (selon le recensement de 1944-1945, la ville ne compte plus que 666 habitants). Une nouvelle vague d’immigrants allemands arrive à partir de juillet 1945 et jusqu’à la fin de l’année : 29 familles, soit 127 personnes parviennent à Nueva Alemania en provenance d’Allemagne, après des pérégrinations parfois tumultueuses. Fuyant dès avril la progression des Alliés en territoire allemand, des scientifiques et dignitaires nazis avaient réussi à se rendre en Argentine grâce aux réseaux d’exfiltration, d’où ils étaient repartis avec leur famille et des Allemands sympathisants nazis expatriés, en direction du Guatémala. De là ils rejoinrent Nueva Alemania.

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Indépendamment des questions éthiques ou techniques, les 10 scientifiques de Nueva Alemania arboraient tous un look très distinct, voire franchement excentrique et vieux jeu.

Comme pour beaucoup de fuyards nazis, leur vie ne fut pas conforme au cliché qui en existe, à l’image du « SS in Uruguay » de Serge Gainsbourg : intégrés à la communauté locale, ces nouveaux venus se dédièrent en grande majorité à une dure vie de labeur agricole. Cependant, les 10 scientifiques établirent là un laboratoire, au sein duquel ils poursuivirent d’étranges expérimentations d’hybridations génétiques animales.

C’est ainsi qu’en 1947, naquit le premier d’une série de spécimens étranges : une femelle léopon, croisement de léopard et de lion, nommée Heidi.

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Heidi, premier spécimen né de nos aspirants Frankenstein. « Dis bonjour au lecteur, Heidi — Miaouuuuwww »

Les expérimentations donnèrent naissance à plusieurs bêtes étranges (voir la galerie, plus bas) dignes des fantaisies débridées de Hieronymus Bosch et durèrent jusqu’en 1956. Cette année, la majorité des scientifiques choisit en effet de s’exiler aux États-Unis et intégrer le projet Paperclip (1945-1957), créé au lendemain de la victoire des Alliés pour capter l’intelligence de l’Allemagne nazie (scientifiques, ingénieurs, techniciens).

De l’abandon à la redécouverte… et à la commercialisation

Si les scientifiques ont abandonné les lieux, les premiers spécimens sont restés sur les lieux et la population a tenté d’en prendre soin, mais à mesure que le village de nouveau se dépeuplait, les animaux furent bientôt livrés à eux-mêmes. Oublié de tous, ce lieu ne fut redécouvert qu’en 1993 par le doctorant mexicain Edgar López Gutiérrez, dont la thèse portait précisément sur la présence allemande au Mexique entre 1890 et 1950.

La nature – même génétiquement modifiée – reprenant ses droits, les animaux, entre temps avaient reconstitué un biotope, se reproduisant, formant une descendance de créatures dignes de l’imagination d’auteurs fantastiques : le kangoulion (kangourou/lion), la croconouille (crocodile/grenouille), l’iguafe (iguane/girafe), l’aiglocéros (aigle/rhinocéros), le gerbuma (gerbille/puma), la chache (chat/vache), la sougnée (souris/araignée), le soulard (souris/lézard), le crache (crabe/vache), le chiengle (chien/aigle)…

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L’aiglocéros, un des animaux les plus étonnants du bestiaire de Nueva Alemana : mi-aigle, mi rhinocéros

Massimo Barzelletta

Pour des « raisons personnelles », qu’il n’a pas voulu expliciter, le chercheur italien Massimo Barzelletta s’est engagé passionnément dans ce projet international et transdisciplinaire de recherche sur les animaux hybrides.

C’est alors que fut constituée une équipe internationale de scientifiques sous direction mexicaine, pour étudier ces créatures étranges, en majorité des éthologues et des généticiens. Ce n’est qu’en 2007 que le lieu, sur la pression des autorités locales de la région de Soconusco, flairant un potentiel succès touristique, fut converti sous couleur de pédagogie, en un Safari de los animales híbridos (« Safari des animaux hybrides »). Le tarif, à ce jour encore très élevé (l’entrée coûte tout de même 2500 Pesos, soient environ 150€), rend son accès très confidentiel et le réserve à une élite bourgeoise à même de s’offrir le grand frisson.

D’après l’un des laborantins, Massimo Barzelletta (ci-contre), « il est déplorable que les autorités veuillent commercialiser un passé aussi sordide, au fond, mais pour eux comme pour Voyageurs du Net, il semble qu’un Poisson d’avril n’ait pas de prix ».

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[Cet article est une plaisanterie intégrale, publié en ce 1er avril 2013 en tant que « Poisson d’avril ». S’il est basé partiellement sur des faits réels, il relève toutefois, bien sûr, de la pure fantaisie.]

PS – Des renseignements plus sérieux sur la réalité de la migration allemande dans la région du Soconusco (sud du Chiapas) ici, fruit d’un travail d’étudiant en histoire mexicain. Quant à la question de l’hybridation de fauves, nous vous renvoyons vers cette page.

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Il y a 11 commentaires

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  1. Claire

    Ah bah voila, on y est, c’est bizarre que dans ces animaux, on n’est pas de poisson. Parce que celui ci il etait plutot gros, merci en tout cas, j’ai bien rigolé avec ces montages photos 🙂

  2. Maissa Ait Mouhoub

    Du coup, J’ai maudit tout ce qui est civilisation et chercheurs, car j’ai pensé, qu’ils auraient fini par détruire le monde. J’ai eu un soulagement incroyable, lorsque j’ai lu que ce n’était qu’un poisson d’avril, qui reste pour moi une….. baleine d’avril. Bravo les amis, c’est époustouflant. Dommage que je ne l’ai pas découvert à temps, pour le 1er avril passé. Mais je compte m’en souvenir pour l’an prochain, je tiens à ce que d’autres vivent les mêmes émotions que les miennes. Encore merci.

    • Mikaël Faujour

      Merci, merci. On a fait diète de poisson d’avril depuis 2013 ; vous comprendrez que vu le poids de celui-ci, on a eu raison.
      Mais on reprendra du service l’an prochain très probablement avec un qui sera pas piqué des hannetons.
      Cordialement,

      M.


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