Sites de covoiturage : la gratuité du service plutôt que le marché

Chez VDN, on est assez porté sur le covoiturage, conviviale et commode alternative aux tarifs obscènes du train. Nous avons donc voulu en recauser. Et nous attarder surtout sur une excellente initiative née pour contrecarrer la commercialisation du numéro 1 du covoiturage en France, au nom d’une croyance militante en la gratuité.

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L’été dernier, alors que nous commencions à animer VDN, nous avions publié deux articles consacrés au covoiturage, que beaucoup connaissent déjà, vous notamment car vous êtes infaillible, chère lectrice, cher lecteur. Ceux-ci traitaient :
– du covoiturage en France et en Europe ;
– du covoiturage dans le reste du monde.

Nous vous invitons à lire ou relire ces articles, à les commenter, à les partager… voire à compléter notre recensement de sites dédiés, qui est probablement incomplet, de vos conseils et remarques.

Covoiturage gratuit : une question de principe !

Signalons de nouveau une initiative qui a retenu notre attention, pour son caractère militant. Tandis que Covoiturage.fr (qui bientôt deviendra BlaBlaCar) passait à un système payant en 2011, beaucoup d’usagers réguliers furent mécontents. Payant, après tout, pourquoi pas ? Pour sécuriser les trajets et s’épargner les désistements de dernière minute, l’idée est bonne et a prouvé sa validité. En outre, « tout travail mérite salaire », dit un sage proverbe : et en effet, il est juste que soient rémunérés ceux qui animent le site. Sauf que la vérité est ailleurs, agent Scully.

Nous n’avons pas affaire là à une petite structure modeste, mais à une entreprise de 40 salariés soutenue par le fonds d’investissement ISAI, cofondé par quatre capitalistes millionnaires de choix :
Geoffroy Roux de Bézieux : ex-président de plusieurs sociétés téléphoniques, président de l’Unédic de 2008 à 2010, membre de la Commission Attali qui accoucha d’un rapport préconisant plus de mesures néolibérales alors que la crise économique, conséquence de ces politiques économiques, prenait une envergure mondiale, membre du Comité exécutif du Medef, ce lobby des grands patrons néolibéraux destiné à faire prévaloir les intérêts des sociétés privées sur les protections sociales et l’intérêt public de la nation française ;
Pierre Kosciusko-Morizet : co-créateur du site Price Minister, frère de la ministre sarkozyste Nathalie Kosciusko-Morizet et, comme elle, fils à papa issu d’une bourgeoise dynastie de personnalités politiques françaises ;
Stéphane Treppoz : « business angel » et co-actionnaire majoritaire de Sarenza, n°1 de la vente en ligne de chaussures ;
Ouriel Ohayon : fondateur ou cofondateur de plusieurs entreprises sur Internet, dont TechCrunch France, AppsFire.

A moins d’avoir le goût d’enrichir des millionnaires – qui auront toujours le bagout de justifier leurs rémunérations indécentes avec les sempiternels arguments libéraux selon quoi la prise de risque nécessite des compensations symétriques et que sans eux et leur pognon il n’y aurait pas d’emploi –, il faut être de mauvaise foi pour considérer qu’il y a là avant tout la juste rémunération des efforts de quelques-uns. A coup sûr une partie des recettes générées est réinvestie dans la société ou l’appui à d’autres start up, mais cela justifie-t-il les commissions que s’arroge le site sur chaque trajet ? Sur un trajet de Paris à Saint-Brieuc (4h30 de route), qui coûtait auparavant entre 30 et 35€, le site se gave de 6 ou 7€ de commission pour, entre autres choses, fournir des articles qui ne font que rajouter de l’insignifiance à un Internet déjà saturé d’information au rabais, comme cet article sur la Journée de la femme aussi vide que le crâne de Jean-Luc Morandini.

« Plutôt monter à 23 dans le même véhicule pour un trajet Le Mans-Colmar que donner notre blé à des capitalistes » avancent ces fiers camarades en visite au pays d’Amélie Poulain et de Jean Jaurès.

De fait, nous aurions tendance à nettement préférer les sites gratuits ou qui pratiqueraient un système d’abonnement à l’année, évitant une ponction à chaque voyage. Et la gratuité du service offert par le site — ou son caractère peu onéreux — moins pour des raisons purement pécuniaires (le principe d’améliorer les fonctionnalités  ou de rémunérer les animateurs du site est a priori une bonne idée… mais pas comme ça) que par la conviction qu’il faut encourager autant que faire se peut les bonnes initiatives reposant sur la confiance et le partage, que la logique de marché ne doit pas avoir le dernier mot, qu’il faut soutenir les alternatives au tout-marchand.

Parmi les divers sites mentionnés dans les deux articles dédiés au covoiturage que nous avons cités plus haut, un en particulier avait retenu notre attention : Covoiturage-libre.fr. Après la conversion de Covoiturage.fr en site payant, beaucoup d’usagers réguliers de ce service, malgré leur déception, ont dû se contenter de continuer à l’utiliser. Mais un homme, « utilisateur régulier », a décidé de « faire simple et gratuit plutôt que sophistiqué et payant »… et a donc créé ce contre-site : « Ici, pas de gestion de compte, pas d’avis sur les utilisateurs, pas de photo, pas de réservation en ligne, pas de SMS automatique… juste une annonce (avec téléphone et email) et un moteur de recherche. C’est la base du covoiturage, et rien de plus ». Tu l’as dit, mon kiki !

Si le site n’atteint évidemment pas les scores de fréquentation de Covoiturage.fr, qui a tout de même le privilège de l’ancienneté et de quelque 600 000 inscrits, il annonce quand même plus de 150 000 trajets en 480 jours d’existence. Cela, le site le doit en partie à un coup de pouce bénévole de sympathisants de la cause… Et, avec la plus grande transparence, le créateur du site, Nicolas Raynaud énonce : « Les frais techniques pourraient atteindre, si le site devient un acteur incontournable (au moins 30000 personnes à l’utiliser par jour, on peut rêver), entre 10 000 et 25 000 euros par an. Cela reviendrait à demander à chaque utilisateur de verser un euro par an pour faire vivre le site, ce qui me semble tout à fait réaliste comme approche, non ? »

Pour cette raison, Covoiturage-Libre.fr a notre préférence et nous vous invitons à faire connaître et contribuer à cette alternative à un Covoiturage.fr destiné à engraisser le fonds d’investissement ISAI et ses millionnaires néolibéraux. (Le problème étant moins le montant des commissions que leur usage, leur destination, vous l’aurez compris : si elles servaient à payer à VDN des jacuzzi remplis de billets verts et nous corrompre comme des fonctionnaires mexicains, nous ne protesterions guère, cela va de soi.)

Si vous connaissez d’autres sites, si vous souhaitez donner votre avis, c’est en-dessous que ça se passe, dans l’espace de commentaires : mais vous le savez déjà, sauf si ayant pris une machine à voyager dans le temps vous arriveriez de 2002.

Vous en voulez encore ?

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Il y a 7 commentaires

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  1. Julie de Covivo

    Bonjour Mikaël,

    Je me permets de réagir à votre article puisque vous proposez de vous soumettre d’autres sites de covoiturage gratuit.

    Je vous présente donc Covivo, une entreprise qui développe des solutions de covoiturage gratuit via site internet (www.covoiturage-dynamique.eu) et via applications mobiles téléchargeables sur Iphone et Android (Covisost, Carpal et éCovoiturage).

    Ces outils proposent à la fois d’effectuer du covoiturage planifié (prévu longtemps à l’avance et réservé) ou du covoiturage dynamique (vous proposez votre covoiturage alors que vous êtes en route pour trouver d’autres covoitureurs sur votre route).

    N’hésitez pas à tester et à nous faire part de vos retours !

    A très bientôt sur la route !

    Julie, de Covivo

  2. Istanbul

    Merci pour cet article qui remet bien en place les idées de bases du covoiturage. En effet, je suis aussi d’accord pour dire que l’esprit du covoiturage est de répondre à une simple annonce afin de partager une voiture pour un trajet déterminé, ceci sans aucun esprit mercantiliste.

  3. Eddy

    Merci pour cet article très complet qui vient conforter mon sentiment sur la « mercantilisation » du covoiturage…
    Effectivement, payer quelques euros par an afin de pérenniser un site de covoiturage semble tout à fait acceptable…
    Il est vrai également que l’on est parfois « contraint » de continuer à utiliser le site « bla bla bla », faute d’alternative..
    Et en parlant d’alternative, j’utilise parfois le site http://www.vadrouille-covoiturage.com , dont je ne connais pas tous les tenants et aboutissants, mais pour le moment il reste libre et gratuit.

  4. Colin

    Très intéressant comme article!

    Personnellement, je considère le système de commission sur covoiturage.fr justifié car il contribue à développer le covoiturage en supprimant les incertitudes inhérentes à celui-ci. Et je me réjoui de le voir installé en me disant qu’il va enfin pouvoir se généraliser, contribuant ainsi à utiliser les ressources existantes en termes de transport.

    Mais il est vraiment dommage que cette initiative intelligente ait servi de prétexte pour augmenter démesurément la rentabilité du site au détriment des passagers. Les conducteurs, eux, étant épargnés car indispensables et pas assez nombreux.
    Au moins, la choix de ne pas faire contribuer les conducteurs à l’avantage de diminuer le prix des trajets en augmentant l’offre disponible.

    En espérant que les commissions parfois trop élevées ne freine pas le développement du covoiturage ou que cela contribue à faire naître de nouveaux acteurs plus raisonné…

  5. Axel

    Lancé, début décembre 2015 un site de covoiturage gratuit. Donc c’est une nouvelle génération de covoiturage sans frais pour les usagers. Pas de commission
    Pas de demande de carte bancaire, Paiement direct du passager au conducteur
    Sans engagement, Service d’envoi de SMS confirmation
    L’objectif est de créer un réseau solidaire et écologique. A bientôt sur http://www.myecocar.fr
    Zéro blabla zéro frais


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