Les bains japonais : un guide pratique

Le bain, seul c’est bien. Mais pourquoi ne pas le partager avec des inconnus ? Si vos mésaventures au sauna « l’Apollon de Mykonos » vous ont convaincu de vous méfier des bains publics, espérons que cette visite guidée saura vous convaincre de tenter l’aventure des bains japonais et des spas coréens.

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Une brève histoire de l’invention de l’eau chaude

Venue d’Inde, la pratique du bain communautaire au Japon est longtemps restée l’apanage des temples et monastères Shintos avant de se propager aux classes populaires. Sous l’ère Nara (VIIIe siècle après JC), quelques monastères exploitaient ainsi la proximité d’une source d’eau chaude issue de l’activité volcanique des îles nippones. Cette pratique (l’Onsen) permettait aux moines de se purifier au contact des éléments (feu, eau, terre et air sont présents dans un Onsen) et des esprits qui y résident, selon la doctrine shinto.

Progressivement, les malades viendront aussi se purifier avant que nobles et bourgeois ne commencent à se doter de pièces de bain. Dès le XIIe siècle, les « boutiques d’eau chaude » se généralisent. Ces installations se perfectionnent, mais c’est l’ère Meiji impériale qui figera cette pratique avec la montée de l’hygiénisme et la séparation hommes/femmes.  L’usage du bain japonais s’est raréfié avec la généralisation des salles de bain individuelles dans l’après-guerre mais cette pratique garde pour les Japonais une signification particulière. Ainsi, on continue à se rendre, seul ou entre amis, au bain, particulièrement à l’occasion du nouvel an, pour s’y purifier longuement.

Le bain des femmes, 1867

Le bain des femmes, 1867

Visite guidée d’un sentô

femme-bain-japonaisLa devanture d’un sentô va des modestes rideaux calligraphiés d’un établissement de quartier modique au flamboyant complexe à l’occidentale. On distingue deux entrées (hommes et femmes) souvent de part et d’autre d’un guichet ou d’un distributeur automatique. Le concept du bain comme lieu de drague homosexuelle et/ou de libertinage n’existe littéralement pas au Japon et toute avance (ou pire tentative de voyeurisme !) dans ce sens vous exposera à des problèmes avec la police.

Le prix varie de 5 à 30€ la session et le prestige du lieu, cela sans limite de temps. Par souci d’hygiène, les chaussures seront rangées dans des casiers numérotés dès l’entrée. Les vestiaires comprennent des casiers, des sanitaires et un choix assez large d’accessoires hygiéniques qui comprendra systématiquement cotons tiges, sèche-cheveux, serviettes, brosses, peignes, dentifrice et rasoirs. Plus loin, une ou plusieurs salles proposent douches, bains et parfois sauna et hammams. Les lieux sont systématiquement lavés quotidiennement et toute saleté devra vous faire fuir immédiatement. La nudité est systématique (pas de maillots), mais le tact des Nippons fera que vous ne croiserez jamais un regard. Bien que la séparation des genres soit systématique, les vénérables matrones qui veillent sur les lieux n’hésitent pas à passer à l’occasion la serpillière dans le coté des hommes, ce qui ne dérange personne.

Se récurer à la japonaise

Photo de Sean Wilson Sean-Jin (Wikimedia Commons)

Photo de Sean Wilson Sean-Jin (Wikimedia Commons)

Pour commencer, l’erreur à ne jamais commettre : rentrer sale dans un bain pour y suinter sa mauvaise graisse. Les femmes en période menstruelle sont interdites de bain tout comme les personnes atteintes de maladies de peau, en cicatrisation ou contagieuses. L’interdiction aux personnes tatouées (et donc aux yakuzas) ne s’applique bien sûr pas aux gaijins (étrangers) même si les Japonais voient parfois avec curiosité ces ornements corporels, les piercings ou les épilations génitales.

Dans ce lieu social, vous vous devrez de vous laver consciemment sur un tabouret face au mur en mélangeant eau chaude et froide dans un baquet qui vous sera fourni. Se laver consciemment signifie passer plus d’une quinzaine de minutes au minimum à récurer toutes les parties de corps, de la tête aux pieds que vous n’oublierez pas. En vous rinçant minutieusement, assurez-vous d’avoir évacué toute la mousse. En laisser dans le bain est considéré comme une insulte grave et un manque aussi grave de savoir-vivre.

Propre comme un sous neuf, vous pouvez maintenant rejoindre le bain commun en commençant par le plus chaud si vous pouvez le supporter. La température y atteint parfois 45 degrés ce qui vous laissera rouge comme une écrevisse au bout de 5 minutes. La fatigue arrive vite et il faut éviter les mouvements brusques qui tournent la tête. Sortant du bain dans un panache de vapeur, vous pouvez désormais passer au bain moyen, au bain bouillonnant ou directement au bain froid. Le bain électrique, une spécificité japonaise, délivre des courants électriques allant crescendo au fur et à mesure qu’on s’approche de ses électrodes. Il est formellement déconseillé aux cardiaques et vous épuisera vite.

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Retour sur terre

Très vite, votre corps s’abandonne au miracle de l’eau : vous commencez à somnoler et il est temps de retourner à l’hôtel pour une sieste bien méritée. Cette activité le matin vous « cassera » pour la journée, idéal pour compenser une douzaine d’heures de décalage horaire. Si vous désirez vous attarder, une salle de repos – parfois mixte – est souvent proposée pour vous réhydrater avec un bon Poccari Sweat (une boisson typiquement japonaise) voire une Sapporo (bière japonaise) sur un fauteuil massant devant un improbable feuilleton japonais.

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Photo de "ja:User:Sanjo", via Wikimedia Commons.

Photo de « ja:User:Sanjo », via Wikimedia Commons.

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Photo de "663highland", via Wikimedia Commons

Photo de « 663highland », via Wikimedia Commons

Variations

Il faut distinguer le sentô (eau du robinet, intérieur) de l’onsen (eau thermale avec des propriétés, souvent en extérieur). Du modeste « bain paysan » chinois aux luxueuses variantes coréennes, le concept de bain public n’est pas exclusivement japonais : on retrouve de semblables établissements dans ses ex-colonies (nombreux onsen à Taiwan) et de nombreux pays d’Asie où s’est exporté ce raffinement. En Corée du Sud, le Jim Jil bang est une sorte de spa qui propose de semblables salles d’eau avec des parties communes mixtes où se détendre devant un jeu d’échec, un bon film, une boisson ou des salons privés. Les habitants du pays du matin calme y passent souvent le weekend en famille pour un prix modique qui est une alternative pour le voyageur à l’hôtel.

En résumé, il faut savoir mettre sa pudibonderie naturelle au placard et parfois se jeter à l’eau pour apprécier une culture dans sa plénitude la plus avancée. Le bain est un des plus grands accomplissement de la société japonaise et syncrétise autant ses paradoxes que ses valeurs ancestrales.

Liens

– Un blog assez complet consacré au Jim Jil Bang.

– Une petite BD vantant le plaisir du sentô par une expatriée.

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